1 mois, 1 oeuvre - L'art contemporain pour tous et en tout lieu

1 mois, 1 oeuvre : l'art contemporain pour tous et en tout lieu​​​​​​​

L'art s'adresse à tous. En tout lieu. 

"1 mois, 1 œuvre" consiste à installer pendant 1 mois durant l’année scolaireune durée définie avec les partenaires, une œuvre du fonds départemental d’art contemporain dans des lieux qui ne sont pas destinés à promouvoir la culture habituellement. Ce dispositif s’inscrit dans l’objectif de contribuer à la sensibilisation de tous les publics en installant des œuvres dans des structures sociales, médico-sociales, des collèges, des EHPAD, des lieux d’insertion…
L’exposition de l’œuvre est toujours accompagnée d’une médiation adaptée au lieu d’accueil et proposée, soit par l’artiste, soit par des médiateurs professionnels, soit en formant le public ou le personnel de la structure d’accueil à la médiation. Ainsi, le projet revêt une dimension participative.

À partir de novembre 2023

˃ Collège et Lycée Lakanal à Sceaux 
Du 7 novembre 2023 au 30 janvier 2024

Artiste : Alexandra Devaux 
Peintures : Céleste et  Let me be vulnerable 

˃ Pôle social à Issy-les-Moulineaux
Du 8 novembre au 31 janvier 2024
Artiste : Ludivine Large-Bessette
ŒuvrevidéoDrop out bodies

˃ La Cité de l'enfance au Plessis-Robinson 
Du 8 novembre 2023 au 30 janvier 2024

Artiste : Golnaz Payani
Œuvre vidéo : Mille et une nuits                                 

À partir de janvier 2024

˃ La Cité de l'enfance au Plessis-Robinson 
Du 1er février au 10 avril 2024

Artiste : Marie Denis
Triptyque photographique :le Corps paysage 2010

˃ Collège André-Malraux à Asnières 
Du 8 janvier au 8 mai 2024

Artiste : Golnaz Payani
Œuvre vidéo : Mille et une nuits

˃ Maison départementale des personnes handicapées- MDPH à Nanterre
Du 30 janvier au 30 avril 2024

Artiste : Alexandra Devaux
Peintures : Let me be vulnerable et Céleste 

˃ Résidence autonomie Marie-Nodier à Fontenay-aux-Roses 
Du 30 janvier à 30 avril 2024

Artiste : Alexandra Devaux
Peinture : Céleste                                                                                           

˃ Pôle social à Châtenay-Malabry 
Du 5 février à 10 avril 2024

Artiste : Marie Denis

˃ Résidence autonomie Morambert à Clamart 
Du 5 février à 10 avril 2024

Artiste : Marie Denis
Œuvres : Les estampes herbarium, variations lithographiques de ramures inédites, 2017

˃ Pôle social à Antony 
Inauguration du nouveau pôle : vendredi 1er mars
Du 1er mars au 19 juillet 2024

Artiste : Thomas Barbey
Dessin : Rivages : un gouffre

˃ Pôle social à Clichy 
D' avril à juin 2024

˃ Le Cebije à Boulogne-Billancourt 
Du 10 mai au 29 juillet 2024

Artiste : Amine Habki
Tableau : Between the string


Le Fonds Départemental d'Art Contemporain

Depuis 2015, le Département fait l’acquisition d’œuvres qui constituent ainsi le Fonds Départemental d’Art Contemporain. Celui-ci a vu le jour à la faveur d’achats effectués au Salon de Montrouge.
Aujourd’hui, il est composé de qunze œuvres comprenant quatre  peintures, un dessin, trois photos et dix  vidéos d’artistes reconnus et accueillis dans des lieux prestigieux comme par exemple Thomas Barbey, actuellement en résidence à la casa de Velázquez à Madrid ou Anne-Charlotte Finel et Ariane Loze qui ont exposé à New York en 2019. Chaque année, de nouvelles acquisitions viennent enrichir la collection, soutenir la jeune création contemporaine et en faciliter l’accès à tous les publics.
Ce projet de fonds départemental d’art contemporain s’inscrit dans la Vallée de la Culture à l’instar de la commande publique d’œuvres comme Ether (Egalité) de Kohei Nawa à la pointe aval de l’Île Seguin à Boulogne-Billancourt, mais aussi l’exposition Les Extatiques et à La Seine Musicale à Boulogne-Billancourt. 
Animé par le même objectif, contribuer à l’attractivité départementale par l’implantation d’œuvres et la circulation des publics, le fonds départemental d’art contemporain a pour vocation de favoriser la rencontre de tous les publics avec les œuvres et les artistes. 

Découvrir les œuvres du fonds départemental d'art contemporain

► La Regardeuse, François Malingrëy, 2014
Dimensions : 170 x 200 cm
Toile - peinture à l'huile
Acquise lors du Salon de Montrouge 2015 – prix départemental 2015

Né en 1989, ce jeune peintre-illustrateur, diplômé de l’École supérieure des Arts décoratifs de Strasbourg, a été remarqué pour son travail figuratif inspiré de l’œuvre de Lucian Freud notamment par l’hyperréalisme et le mystère qui se reflètent dans la monumentalité de ses personnages.

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La Regardeuse, François Malingrëy, 2014 © Eric Simon 

« Choisissant de renouer avec la figuration, Malingrëy est principalement peintre, mais il pratique également la sculpture et l’illustration. Dans ses tableaux, il développe ce qu’il convient d’appeler un véritable monde – et même une poétique –, un espace régi par ses propres lois, possédant ses caractéristiques récurrentes : des paysages non identifiés, habités de personnages souvent dénudés mais jamais entièrement dévêtus, une atmosphère mélancolique, silencieuse, une sensation de drame alors même qu’aucune tragédie ne se déroule […] auxquels il faut ajouter, sur le plan formel, une technique réaliste basée sur des coups de pinceau amples et francs, une palette assourdie de tons mineurs relevés çà et là par des aplats plus puissants de jaune ou de bleu, une obsession pour le travail des chairs, de la peau. Et une manière saisissante de sonder et de concentrer le regard humain dans ses portraits. »
Tancrède Hertzog, Historien de l’art, galeriste et journaliste

cargocollective.com/francoismalingrey

► Rivages – Un gouffre, Thomas Barbey, 2014
Dimensions : 90 x 160 cm
Dessin au Rotring, encre de Chine sur papier
Acquis lors du Salon de Montrouge 2015

Né en 1975 et diplômé de L’École Nationale des Beaux-Arts de Paris-Cergy en 2003 et de l’École Nationale supérieure du Paysage de Versailles en 2009, Thomas Barbey définit ses dessins comme « des fragments du monde visible découpé au hasard. Dans ces dessins je me laisse guider par le simple plaisir d’évoquer le doux murmure d’un faible ruisseau, la description du mouvement de ses eaux, glissant dans la pente en se brisant sur des cailloux… Paradoxalement, telle une impression numérique, c’est l’alignement continu de lignes qui construit le motif de mes dessins. Ce motif minimal incessamment répété par les allers-retours de ma main, met en relief et esquisse une trame que l’on parcourt du regard. »

thomasbarbey.com

« Les dessins de Thomas Barbey, par-delà leur banalité constitutive, leurs traits réguliers et leurs sujets de carte postale, s’imposent naturellement, par leur beauté et leur classicisme. Rien de naturel pourtant, celle-ci est avant tout inquiète, et celui-ci trompeur. »
Aurélien Bellanger, membre du Collège Critique du 60e Salon de Montrouge, 2015

► UDRIVINMECRAZ, Kenny Dunkan, 2014
Durée : 8’34’’
Vidéo HD, couleur, son
Acquise lors du Salon de Montrouge 2015

Né en 1988 et diplômé de l’École nationale supérieure des arts appliqués et des métiers Olivier de Serres puis de l’École nationale des arts décoratifs de Paris et originaire de Guadeloupe, Kenny Dunkan puise régulièrement dans la culture visuelle des Caraïbes et en particulier celle des carnavals, périodes de renversement des rôles sociaux, culturels et politiques, pour développer une œuvre qui interroge l’héritage colonial français et la persistance de ses modes de représentation. 

« J'aime transformer les accessoires fabriqués en série en objets artisanaux pour en faire des objets émancipés un peu magique. Mes premières sensations artistiques, celles de mon enfance, proviennent des moments de carnaval dans les Antilles. De la foule en liesse, des danses endiablées, du détournement des matières ordinaires qui magnifiaient les chars avec aussi des couleurs éclatantes les transformant en sculptures à la fois baroques et pauvres. Cela m’inspire énormément. » Ces événements sont aussi à l'origine de la danse d'une dizaine de minutes nommée Udrivinmecraz que le jeune artiste a effectuée en 2014 sur le parvis du Trocadéro face à l’œuvre de Eiffel. « Là, vêtu d'une veste composée de multiples petites tours Eiffel, je produisais à l’aide de mes mouvements une musique simplement composée par le frottement des objets métalliques se heurtant les uns aux autres. Activés par la performance et le mouvement de mon corps, les objets devenaient chargés un peu comme les masques que les cérémonies africaines activent. »
www.kennydunkan.com

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Habillé d’une de ses sculptures-parures composées de porte-clés de Tour Eiffel, cette performance met en lumière les vendeurs à la sauvette africains, quasi invisibles dans ce décor de carte postale. Le rythme, le bruit, la durée même de la danse ouvrent la voie à une forme de transe contemporaine et urbaine.
UDRIVINMECRAZ - en argot américain You are driving me crazy (tu me rends fou) est tour à tour grave ou joyeuse, dramatique et festive, virevoltante, ensorcelante. Elle illustre une réflexion profonde sur les questions identitaires et saisit dans une apparente légèreté les regards des touristes qui oscillent du jeune homme qui danse aux hommes qui vendent.
« C’est Paris, dont il a tant rêvé qui le rend fou », explique Kenny Dunkan, qui relie son œuvre à son histoire en abordant le sujet du rêve migratoire. Paris incarne un rêve déçu, un eldorado terne pour cet enfant de l’exil, issu d’un ancien empire colonial.

"MWEN PARÉ" 2012 - Veste militaire en gabardine brodée de 2500 porte-clés Tour-Eiffel en métal.
Pièce unique
-Œuvre acquise en 2015 au Salon de Montrouge -  Crédit photo :  Kenny Dunkan

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► So long after sunset and so far from dawn, Romain Kronenberg, 2014-2015
Installation : une vidéo de 7 min et deux tirages photographiques 68 x 121 cm
Langue originale : kurde
Traduction kurde de Kawa Nemir, avec les voix de Mehmet Korkut et Mazlum Adıgüzel
Acquise lors du Salon de Montrouge 2016

Né en 1975 et après deux années passées à la Faculté de théologie protestante de Genève, Romain Kronenberg étudie la théorie musicale, le Jazz et la composition électro-acoustique au Conservatoire.
Romain Kronenberg travaille sur l’idée de renouvellement (et de renaissance) qui saisit un monde en plein changement de paradigme. L’installation So long after sunset and so far from dawn mêle vidéo, photographie et une voix kurdophone récitant un poème. Elle se présente comme une fresque mêlant un film et des photographies où deux villes-frontière dialoguent : une ancienne cité en ruines à la frontière arménienne et une ville en devenir et en chantier à la frontière syrienne. Des sous-titres déroulent le dialogue imaginaire entre un Titan et un Dieu, figures mythologiques et opposées ; dans la bande son de l’installation, ces sous-titres sont repris, lus en turc et en kurde, traités musicalement et accompagnés d’autres éléments musicaux.

kronenberg.fr

► Mille et une nuits
Golnaz Payani, 2014
Durée : 5’35’’ Vidéo, extraits de films du cinéma muet, son Acquise lors du Salon de Montrouge 2016

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© Golnâz Payani 

Golnâz Pâyâni est née à Téhéran en 1986. Après une Licence de Peinture obtenue à la Faculté d’Art  de Téhéran, elle poursuit un cursus complet à  l’Ecole d’art de Clermont-Ferrand où elle obtient  son master, le Diplôme National Supérieur  d’Expression Plastique en 2013. Elle expose en solo ou dans des expositions collectives depuis  2011, en France (Paris, Clermont-Ferrand, Thiers, Toulouse, Châteauroux, Annemasse, Chanonat, Grenoble) et à l’étranger (Téhéran, Londres, New York, Turin). Installée en France depuis 2009, elle a obtenu la nationalité française en 2017. Elle développe une pratique ouverte où des médiums  variés sont sollicités : film, vidéo, travaux sur tissus, installation, céramique, poésie. Depuis 2019 elle est représentée par la galerie Praz-Delavallade, à Paris et à Los Angeles.
www.golnazpayani.com

Dans Mille et une nuits, le temps s’arrête, la scène s’oublie, le regard se fige, absorbé par le hors-champ.
Dans cette vidéo, l’artiste a emprunté des images à une centaine de films issus du cinéma muet pour construire une nouvelle narration par le biais du montage. Sans les paroles, les expressions du visage deviennent le personnage central et nous racontent une histoire, une scène que l’on ne voit pas."Je m’intéresse à la fine frontière entre le visible et l’invisible, à l’objet qui suggère la chose désormais disparue. À la recherche de « moi » après avoir quitté mon pays, une question m’obsède : à quel point la trace garde en elle la mémoire de l’objet original ?" . L’artiste utilise plusieurs médias pour travailler sur le temps et les souvenirs : la vidéo, l’installation, le dessin, la sculpture et le tissu. « Mon travail est alors devenu une quête de la trace, de la transformation et du devenir. Dans cette vidéo projetée sur le mur, nous voyons des acteurs, émus par une histoire qui se passe devant eux. Mais nous ne voyons pas l'histoire, nous ne voyons que leurs réactions et leurs émotions ».

À propos de l’œuvre Mille et une nuits

Par Michel Cegarra -  Publié dans Cahier n°14, juin 2018

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DR  / Métropolis - Fritz Lang

Mille et une nuits est une vidéo de 5’35”, réalisée en 2014 par Golnâz Pâyâni. Cette production enchaîne une longue série de brefs plans fixes, issus de films en noir et blanc, de l’époque du cinéma muet. Tous ces plans comportent une scène récurrente, une scène dont on pourrait à la fois dire qu’elle est la même et constamment une autre, paraissant puiser à l’écoulement vertigineux d’un motif en construction permanente, pour nous confronter à cela : un personnage, tourné vers la caméra, découvre soudainement quelqu’un, et son visage s’illumine.
En réalité cette scène récurrente ne s’exprime jamais de la même manière parce qu’elle est tour à tour portée par des visages différents, des acteurs différents et, très certainement, par des injonctions différentes des metteurs en scène. De sorte qu’en dépit d’un mouvement général qui paraît procéder de schémas intentionnels proches, chaque visage est singulièrement neuf, presque comme détaché de tout corps matériel, offrant à la caméra l’impression d’une “âme sortant par les yeux et visitant les objets dans le monde”, selon le modèle de la perception établi par Malebranche.
Ainsi donc, comme une vague, au rythme de la musique du Metropolis de Fritz Lang – ralentie par l’artiste – des personnages s’avancent, se lèvent, se retournent à notre vue, et leurs visages sont tout aussitôt traversés par l’émotion de cette rencontre. Et voici que nous sommes parallèlement capturés, saisis dans cette trame de temps et d’éblouissement, emportés par elle, submergés par l’acquiescement de ces yeux, leur émerveillement ou leur étonnement, de sorte que leur trouble est le nôtre, que nous partageons leur surprise comme si l’image de nous dans le miroir, liée à un temps autre et à un monde parallèle, révélait par avance notre assentiment définitif à cet émoi perdu de vue.

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DR 

Par Golnâz Pâyâni

"Un groupe se forme. L’un d’entre eux commence à marcher. Les hommes et les femmes lui ouvrent un chemin. Sortant du cercle, il se met face au groupe. Puis se redresse, ouvre les bras, montre le ciel, le groupe suit son doigt. Il montre la terre, les têtes s’inclinent. Il pousse un cri sans voix, tourne sur lui-même, finit par s’asseoir sur le sol.
Un autre parle. "Bien que ces vers qui glissent sous la terre, puissent provoquer notre dégout, ils préparent en secret le lit de la graine. Là, où elle pourra repousser, renforcer ses racines".
Un autre prend la parole. "Les racines sont les veines de la terre". 
Une femme s’agenouille. "Les veines de la terre se sont nourries de nos bien aimés, sa richesse est leurs ".
Un jeune parle à voix basse des ruisseaux sous-terrain, un autre des nuages et de l’eau, l’un prie le soleil, l’autre les orages ...L’épaisse couche de goudron s’étale sous mes chaussures, le plafond de la pièce se rapproche de ma tête ...
Je les ai bien regardé, je n’ai rien vu. Je les ai bien écouté, je n’ai rien entendu."

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DR
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DR

 

► Molosses, Anne-Charlotte Finel, 2016
Durée : 2’23’’  
Vidéo HD, sans son, couleur
Acquise lors du Salon de Montrouge 2016 – prix départemental 2016

Née en 1986 et diplômée des Beaux-Arts de Paris, Anne-Charlotte Finel se nourrit du potentiel poétique du monde animal et végétal, dans une « obscurité [qui] permet de mieux voir. » « Je réalise mes vidéos la nuit, à l’aube, au crépuscule ou à l’heure bleue »,  révèle-t-elle. Une période incertaine, mystérieuse, où tout est comme en suspens. Cet entre-deux est aussi géographique, à la lisière entre ville et campagne, un paysage transitoire à arpenter du regard, et récurrent dans la pratique de l’artiste. Elle cherche à créer « des images s’éloignant d’une réalité qui serait trop crue, trop définie », des images lentes, quasi oniriques, semblables à un motif abstrait.
Daria de Beauvais

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Molosses, Anne-Charlotte Finel, 2016 © DR

« Avec la vidéo Molosses, Anne-Charlotte Finel propose des images pixélisées, indéfinies et filmées lorsque la lumière du jour faiblit. Dans le soir naissant, de grands chiens blancs déambulent dans une forêt et apparaissent comme seuls repères. Ils se détachent de la noirceur du sol telles des tâches lumineuses et semblent déconnectés de la nature. »
Pietro Della Giustina

annecharlottefinel.com

► La Libertad, Laura Huertas Millan, 2017
Durée : 29’
Vidéo HD, Stereo, DCP
Langue originale : espagnol
Sous-titres en anglais et en français
Acquise lors du Salon de Montrouge 2017 – prix départemental 2017

Née en 1983 et diplômée des Beaux-Arts de Paris et du Fresnoy, Laura Huertas Millán est une cinéaste et artiste visuelle franco-colombienne, dont la pratique se situe à l'intersection entre le cinéma, l'art contemporain et la recherche. Depuis plusieurs années, elle développe une œuvre combinant cinéma, ethnographie et fiction.
Une attention réparatrice portée aux connaissances et aux pratiques indigènes est la pierre angulaire de La Libertad. Dans ce portrait collectif des Navarro, une famille matriarcale de tisserands à Oaxaca, au Mexique, Laura Huertas Millán adopte une approche relativement observationnelle. Le film s’ouvre sur presque sept minutes dépourvues de tout dialogue, plongeant patiemment le spectateur dans la préparation de la nourriture et le travail du métier à tisser, une technique préhispanique.
La famille parle de son travail et de son mode de vie. Ils et elles relaient leurs pensées sur le travail, le mariage, l’argent et l’épanouissement, revenant souvent sur la question de la liberté. Qu’est-ce que c’est ? Comment l’atteindre ? Éviter le mariage et ses rôles de genre prescrits est un début, comme le fait de se forger une vie consacrée à une vocation créative plutôt qu’à l’accumulation de biens matériels. La famille Navarro échappe au patriarcat et à l’aliénation du travail, offrant un exemple de la manière dont le souci de soi et le soin aux autres peuvent exister dans une harmonie réciproque.

LaLibertad propose une quasi-utopie de l’expression et de l’appartenance. Le petit collectif des Navarro a créé un espace pour vivre des vies plus vivables à un moment où cela semble de moins en moins possible, avec la caméra de Laura Huertas Millán pour témoin calme.

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La Libertad, Laura Huertas Millan, 2017 

laurahuertasmillan.com

 

► Drop out bodies, Ludivine Large-Bessette, 2017
Durée : 17’13’’
Vidéo, son
Acquise lors du Salon de Montrouge 2017

Ludivine Large-Bessette, née en 1987 et diplômée en 2012 de La Femis, a pour mediums de prédilection la vidéo et la photographie. Très tôt elle s’intéresse au corps et à ses représentations. La découverte de la danse contemporaine marque un véritable tournant dans sa pratique de plasticienne. Elle développe aujourd’hui un travail se situant à la frontière de l’art vidéo et numérique, du cinéma et de la danse contemporaine et met régulièrement en scène des danseur.se.s.
Dans ses œuvres protéiformes, l’image du corps devient un miroir capable de désarçonner et d’émouvoir le public. Que ce soit en se jouant d’images historiques, en se focalisant sur les sensations physiques ou en créant des scènes surréalistes, il s’agit toujours, par différents biais, de prendre à partie le.a spectateur.trice sur la place du corps dans nos jeux sociaux et sur son rôle dans notre environnement contemporain. Affirmer l’importance de celui-ci et de sa place clivante dans notre rapport à nous-même et au monde.
Dans le silence et la monotonie d’une résidence pavillonnaire, des hommes, des femmes, debout devant leurs maisons se mettent à chuter de manière aléatoire et irrévocable. De la découverte des interprètes figés à leurs effondrements chorégraphiés, le film renvoie à la fatalité du corps humain ainsi qu’à nos responsabilités individuelles et collectives, par le biais d’une réinterprétation contemporaine de la danse macabre du Moyen-Âge.

ludivinelargebessette.com


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© DR

Dans le silence et la monotonie d’une résidence pavillonnaire, des hommes, des femmes, debout devant leurs maisons se mettent à chuter de manière aléatoire et irrévocable. De la découverte des interprètes figés à leurs effondrements chorégraphiés, le film met en scène la fatalité du corps humain dans une dimension individuelle et collective, par le biais d’une réinterprétation contemporaine de la danse macabre du Moyen-Âge. La caméra avance lentement, sans laisser les protagonistes s’exprimer, sortir du cadre ou s’effondrer. Semblant indifférente à ce qu’elle capture avec la certitude et la puissance d’un corps céleste, elle poursuit sa course, symbolisant en quelque sorte l’implacable élan du temps insaisissable, que l’on ne peut freiner. Drop out Bodies de Ludivine Large-Bessette s’élance pour ne plus s’interrompre.
Dipômée de la Fémis et rodée aux techniques cinématographiques, elle donne à son médium une maturité et une puissance plastique qui sembleraient relever du modelage ou du dessin. Ses images expriment une force émotionnelle couplée à une sensation brute, entretenues par une relation très physique et incarnée entre l’image et le son. La caméra avance donc, emportant avec elle le spectateur absorbé par le dispositif. Celui-ci, immergé et obligé de faire sienne la marche du temps, s’arrêtera à l’occasion sur les visages et les gestes des individus. Le destin est matérialisé par le regard, cet acteur voyeur, si déterminant pour l’artiste.
Les personnages sont frappés les uns après les autres, comme par hasard, et chutent. Une sorte de roulette russe que certains nommeraient « destin » vient donner tout son sens à la vie, à mesure qu’elle s’échappe des corps. Cette vie apparaît en négatif dans la réaction inquiète des vivants ou, au contraire, dans leur indifférence. Mais tous sont atteints par surprise, comme ces modèles de la série Men in the Cities de robert Longo, une référence que l’artiste assume volontiers. À la façon des danses macabres du Moyen Âge, connues notamment par le Dit des trois morts et des trois vifs, retranscrit depuis des poèmes dans les livres enluminés ou encore connu par des peintures murales datant du XIIIe et XVIe siècle, les morts s’imposent aux vivants, et nous ne savons plus à la fin, qui envahit le monde de l’autre…La caméra semble alors incarner le rôle de la Faucheuse, unissant les morts comme les vivants dans cette ronde, sorte de vanité mobile.
La pesanteur des corps, des corps en dialogue, par leur seule gestuelle ou par la danse, constitue l’un des aspects les plus fascinants et les mieux maîtrisés du travail de Ludivine Large-Bessette, en particulier dans un autre film Low (2012) ou encore dans la superbe série photographique Adaptation (2015) ».

Texte de Mathieu Lelièvre

Interview de l'artiste au sujet du film : https://vimeo.com/318969506

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© DR
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© DR
 

► Le récamier, Véronique Ellena, 2017
Dimensions : 120 x 96 cm
Tirage argentique couleur sous diasec – Phototype/plexiglas
Acquise dans le cadre d’une exposition à la Maison de Chateaubriand en 2017

► La vigne, Véronique Ellena, 2017
Dimensions : 50 x 60 cm
Tirage argentique couleur sous diasec – Phototype/plexiglas
Acquise dans le cadre d’une exposition à la Maison de Chateaubriand en 2017    

Née en 1966 à Bourg-en-Bresse, Véronique Ellena est photographe et plasticienne. Formée à l’École nationale supérieure des Arts visuels de La Cambre à Bruxelles, elle est attentive à tout ce qui fait la poésie et la profondeur du quotidien. La beauté simple du monde qui nous entoure est au cœur de ses préoccupations. Son œuvre articule plusieurs questionnements : la place de l’Homme dans la société, l’environnement et sa symbolique, le rapport à l’art et à la spiritualité.


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@ Denis Darzacq

« Véronique donne sa vie à son œil et à son cœur, passe ses nuits et ses jours à ausculter le monde, à le regarder, à refaire vivre toute chose, à refuser la mort, à l’effacer, à redonner aux minutes et aux secondes l’épaisseur des siècles. L’eau et la poussière lui servent de filtres. Dans son œuvre tout se tient, tout se rejoint. L’infiniment petit se déguise en infiniment grand, l’humidité et la sécheresse inventent un étrange pays tourné vers un soleil que l’on ne connait pas, une sorte de boule d’espérance enfouie au fond de nous-mêmes. Toute la force, la flamme des photographies, de l’art de Véronique sont dans cet effacement visible, dans ce compte rendu imperturbable des jours. Sa vie est un carnet de voyage autour de la vie. Elle possède en elle le secret de faire renaitre ce qui semble prêt à être englouti. »
Richard Peduzzi Rome, le 23 septembre 2008

À propos de la série Clairs-obscurs

Par Michael Szanto

Clairs-obscurs est un travail onirique. Il témoigne du passage liant le réel à l’intériorité.
Les images de cette série sont des négatifs couleurs agrandis. Les couleurs ne sont pas de ce monde et, dans ce monde, tout est inversé. La lumière est l’ombre et l’ombre est la lumière.
L’œil met un peu de temps à s’adapter à ces photographies nimbées dans l’orange.
Cet orange, c’est la couleur de la pellicule, du plan-film. Il symbolise l’étrangeté de la rêverie en même temps qu’il est l’expression de ce que la photographie a de plus humble et de plus réel : le négatif.
Devant ces photographies on s’interroge sur la qualité et la nature de la perception et sur l’expérience qu’en fait chacun de nous. Elles nous proposent une traversée, comme on traverse un miroir qui nous amène dans un ailleurs qui nous est finalement, on ne sait dire pourquoi, étrangement familier.
Ce travail est un retour aux origines. Aux origines de la photographie par un acte de réappropriation du négatif comme forme de dévoilement du réel. Aux origines de la propre histoire de l’artiste, en retournant sur les lieux qui ont marqué les temps, les étapes de sa vie. Mais ce détour par les formes du passé, cette remémoration à l’œuvre, se fait un temps de maturité et de liberté, où se dévoile comme avec évidence le sens des choses.
L’acte de création se fait souffle vital où le passé n’est pas ombre mais ombre lumineuse qui trace l’avenir. Puissance de l’instant et de l’instantané qui rappelle combien le présent est tout : le présent du passé, le présent du présent et le présent du futur (pour citer Saint-Augustin…).

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Le Récamier
 « Cette image renvoie à la représentation de Madame Récamier, telle que l’a peinte Jacques-Louis David. En laissant le célèbre divan déborder de la photographie, l’artiste procède à une mise en abyme, point de départ à une recherche du disparu. Il invite alors à se poser la question : Comment représenter les fantômes ? Véronique Ellena propose une réponse personnelle qui laisse une impression d’intimité et d’étrangeté. Elle fait ainsi écho aux mots mélancoliques de Chateaubriand : « La plupart de mes sentiments sont demeurés au fond de mon âme, ou ne se sont montrés dans mes ouvrages que comme appliqués à des êtres imaginaires. Aujourd'hui que je regrette encore mes chimères sans les poursuivre, je veux remonter le penchant de mes belles années : ces Mémoires seront un temple de la mort élevé à la clarté de mes souvenirs. »
Véronique Ellena a créé cette photographie pour la Maison de Chateaubriand, à partir du fauteuil récamier original, exposé dans la Maison. »
Texte de Guillaume Lasserre, commissaire de l’exposition de Véronique Ellena à la Maison de Chateaubriand.

veronique-ellena.net

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La Vigne

Le négatif qui a servi à concevoir la photographie La Vigne témoigne d’une présence fantomatique, silencieuse. Véronique Ellena a fait un travail photographique sur un clos de boulistes à Lyon, petit îlot de 

nature et d’humanité qui allait disparaître au profit d’un projet immobilier. Un pied de vigne s’y trouvait, qui en est resté le symbole. La nostalgie qui s’en dégage rappelle la fragilité des choses. En traitement inversé, ce dernier paraît tout droit sorti d’un autochrome d’Albert Kahn de la fin du XIXe siècle. La nostalgie qui s’en dégage rappelle la fragile permanence d’une nature ramenant inlassablement l’Homme à son propre sort.

veronique-ellena.net

► Le banquet, Ariane Loze, 2016
Durée 17'45''
Vidéo, son, sous-titres en anglais
Acquise lors du Salon de Montrouge 2018 – Prix départemental 2018

Née en 1988, Ariane Loze est vidéaste et performeuse. Elle a étudié la mise-en-scène au Royal Institute for Theatre, Cinema and Sound de Bruxelles. Après cette formation, elle entame un post-graduat en performance et ne cesse d’analyser les procédés narratifs du cinéma. Elle a également été résidente à l’Institut Supérieur des Beaux-Arts à Gand en 2016-2017.
Ariane Loze étudie le développement d’une narration à partir d’images apparemment sans rapport. Dans cette série de vidéos, elle joue tous les rôles : elle est tour à tour actrice, réalisatrice et camera woman. Par le montage, ces images mettent en relation deux (ou plusieurs) personnages et l’architecture. Les vidéos d’Ariane Loze proposent au spectateur de prendre part à la création de la narration grâce aux principes du montage cinématographique : le champ / contre-champ, la continuité de mouvement, et la suggestion d’une narration psychologique.

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Le banquet, Ariane Loze, 2016 

Le Banquet confronte en ce sens douze femmes déconcertées par leurs modes de vie confiant leur besoin de « prendre du temps pour elles » et de « se recentrer », dans un dialogue où s’exprime un individualisme collectif, symptomatique de notre époque. Assis autour d'une grande table, dans l'attente de quelque chose, chaque invitée se concentre sur sa propre personne. Peu à peu, le plaisir d'être ensemble disparaît, laissant la place aux difficultés égocentrées de chacun. Mise à nu, Le Banquet met en scène les décalages générés par les discussions en société. Anecdotiques, subtils, clairvoyants, foutraques, inaliénables, drôles aussi…, les 11 personnages - en quête de vérité et de bonheur, tous campés par Ariane Loze - se perdent dans l’attente d’un 12ème. Ce dernier sera-t-il leur synthèse ou leur compromis ? Rien n’est sûr. Tout est plus compliqué qu’on ne le croit…

arianeloze.com

► 3D TRANS, Pierre Pauze, 2016
Durée 17'45''
Vidéo, son, sous-titres en anglais
Acquise au Salon de Montrouge 2021 - Prix départemental 2021 pour sa vidéo Please Love Party

Né en 1990, Pierre Pauze est diplômé avec les félicitations du jury des Beaux-Arts de Paris. Il poursuit sa formation au Fresnoy - Studio national des arts contemporains.       Il développe une œuvre singulière, aux lisières de l’art numérique et de l’art vidéo.
Pierre Pauze propose un protocole d’installation et de vidéo atypique, mobilisant plusieurs écritures : les sciences, la mythologie, les problématiques liées à la culture post-internet.
L’œuvre acquise par le Département est une vidéo « 3D Trans » sur le sport de rue (street workout) et le culte du corps vu par le prisme des nouveaux médias, et des phénomènes sociétaux qui en découlent.
Le film nous plonge dans un monde où l'espace urbain entier aurait été investi par des sportifs de rue comme une métaphore de la sur-représentation du corps et du bien-être sur les réseaux sociaux.

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3D TRANS, Pierre Pauze, 2016 

www.pierrepauze.com

► Céleste, Alexandra Devaux, 2022
Dimensions : 90 x 140 cm
Toile, peinture à l’acrylique – issue de la série Bolide

Née en 1980, Alexandra Devaux est diplômée du Master surface à l’Ecole nationale supérieure des Arts Décoratifs de Paris.
Alexandra réalise ses peintures d’après des images repérées sur les réseaux sociaux. Les hommes souvent représentés paraissent virils et forts mais cette apparence est contrebalancée par le contraste entre les couleurs sombres et celles luminescentes qui soulignent la fragilité des personnages. Par sa démarche, l’artiste apporte une lecture sensible des thèmes intimes et sociétaux que sont l’identité, le genre, le corps et la fragilité.

« Vulnérabilité, force, impermanence : le travail d'Alexandra met en lumière la jeunesse à son point critique, lorsque l'innocence s'évanouit et que les cicatrices de la vie commencent à émerger. En tant que femme artiste peignant la masculinité, elle bouscule la tradition picturale patriarcale. […] La caractéristique de [son] approche est la sensation de profondeur qu'elle donne à ses peintures. Le flou, les transitions brutales et les coups de pinceau lourds nous rappellent constamment que nous sommes dans un monde pictural. […] Parfois, la couleur est si importante qu'elle devient le sujet lui-même, comme dans les surfaces brillantes des œuvres en résine : comme un objectif d'appareil photo momentanément brouillé par quelques gouttes d'eau, faisant disparaître temporairement les modèles. »
Celine Baumann, Schwesterprojekt queer collective

alexandradevaux.com

► Let me be vulnerable, Alexandra Devaux, 2018
Dimensions : 120 x 80 cm
Toile, peinture à l’acrylique
Acquise lors du Salon de Montrouge 202

Née en 1980, Alexandra Devaux est diplômée du Master surface à l’Ecole nationale supérieure des Arts Décoratifs de Paris.
Alexandra Devaux est une artiste peintre qui aborde les thèmes de la masculinité et de la jeunesse contemporaine. S'expriment dans ses thèmes ainsi que dans la technique elle-même : les tensions entre force et vulnérabilité, entre le sombre et le luminescent, entre la douceur et la brutalité, entre le flou et le précis.
Alexandra réalise ses peintures d’après des images repérées sur les réseaux sociaux. Les hommes souvent représentés paraissent virils et forts mais cette apparence est contrebalancée par le contraste entre les couleurs sombres et celles luminescentes qui soulignent la fragilité des personnages. Le titre est aussi parlant pour cette toile : laisse-moi être vulnérable. Le personnage n’a pas vraiment de visage, il semble presque être en train de s’évaporer laissant la place centrale à la couleur rouge. Par sa démarche, l’artiste apporte une lecture sensible des thèmes intimes et sociétaux que sont l’identité, le genre, le corps et la fragilité.

alexandradevaux.com

► Paysage bleu, Jérôme Delépine, 2014
Dimensions : 81 x 116 cm 
Toile, peinture à l’acrylique
Don du Fonds culturel de l’Ermitage par sa présidente Martine Boulart en 2021

Né en 1977, Jérôme Delépine dessine depuis qu’il est enfant. Le libraire à qui il achetait les livres d’art lui a présenté le peintre Lepoureau qui lui a donné des cours de peinture dès l’âge de 11 ans. Le cheminement de Jérôme Delépine est donc presque celui d’un autodidacte ; il se fait hors les murs des institutions car celles-ci le refusent à cause de son handicap visuel et un dossier médical qui le suit à ses dépens. 
La peinture sera sa lumière, sa liberté, son émerveillement, dans une figuration libre, d’une grande rapidité d’exécution, très instinctive.
Comme ses maîtres Rembrandt et Turner, Jérôme Delépine joue avec la lumière, maniant le clair-obscur dans des toiles aux glacis veloutés et mystérieux. Des sombres et brumeux paysages, où l’on distingue à peine un arbre, quelques silhouettes, une frêle embarcation chahutée par les vagues, jaillissent des ciels immenses et éblouissants.  
« Mes paysages ou mes personnages sortent de mon imagination, de mes rêves. De toute façon, je ne sais pas ce que c’est que de voir la réalité, mon univers est toujours symbolique. L’important est la vision, et non l’acuité ». Quelle que soit la technique employée, huile, dessin ou monotype, Jérôme Delépine travaille sur l’impression que lui donne cette malvoyance, cherchant la matière, la profondeur, les contrastes et l’humanité écrasée, presque blessée par la lumière qui la renvoie à sa quête de la connaissance, du questionnement.
Extraits des textes de Catherine Rigollet et Clémentine D. Calcutta

jeromedelepine.fr