Le showroom et son habillage mural géométrique de métal noir et de porcelaine : un sobriété décorative dans l'esprit du bâtiment. CD 92 / Julia Brechler

Le JAD, Jardin des métiers d’Art et du Design, un lieu de création et d’hybridation à Sèvres

À Sèvres, le Jardin des métiers d'Art et du Design, dernier né des équipements culturels du Département, entend construire un dialogue entre ces deux disciplines.

Le public est invité à découvrir les lieux à partir du 10 septembre.

De prime abord, le concept s’apparente à une Villa Médicis, entièrement vouée aux artisans d’art et aux designers. Le site, deux bâtiments mitoyens classés Monument historique entièrement rénovés, à deux pas de la Manufacture de Sèvres en bordure du Domaine de Saint-Cloud, s’y prêterait tout à fait. Un environnement stimulant mis au service d’un projet collectif : le Jardin des métiers d’Art et du Design (JAD) a été imaginé comme un lieu d’ouverture, au croisement entre les métiers, les publics et les institutions d’art et de culture du territoire. « Les métiers d’art sont un vecteur important de dynamisme et d’innovation, explique le président du Département, Georges Siffredi. Les métiers du design, quant à eux, s’inscrivent de plus en plus dans notre quotidien, s’emparent des nouvelles technologies, et inventent de nouveaux matériaux et de nouveaux usages. Alors qu’elles ont tendance à évoluer séparément, nous voulons avec le ” JAD ” favoriser la transversalité et l’émulation créative entre ces communautés. »

Déficit d’image

Co-piloté avec le groupement composé de Scintillo-groupe SOS Culture, l’Institut national des Métiers d’art (INMA) et Make ICI ce projet qui s’inscrit dans la Vallée de la Culture des Hauts-de-Seine doit relever une triple mission : revaloriser l’artisanat d’art, un des piliers de l’exception culturelle française, transmettre et moderniser les savoir-faire et, enfin, favoriser l’ancrage des professionnels dans le territoire.
Le projet est né d’un double constat. Les métiers d’art souffrent du déficit d’image des métiers manuels et pâtissent du manque de visibilité des talents officiant pour les grandes institutions ou les marques de luxe. Dans le même temps, de nombreuses reconversions de salariés du tertiaire se font dans ces métiers, d’où l’importance d’une offre de formation adaptée pour faciliter leur insertion. « Les métiers d’art restent sujets à de multiples fragilités souligne Jeanne Bécart, vice-présidente du Département chargée de la Culture, qu’il s’agisse de la précarité des statuts et des revenus, de la difficulté à se faire connaître ou à trouver des débouchés pérennes ».
Pour changer la donne, le JAD compte d’abord sur la qualité des équipements proposés : des ateliers partagés aménagés, un makerlab - atelier de fabrication pluridisciplinaire aménagé pour le partage d’outils et de machines - un incubateur, et un spectaculaire showroom, le lieu d’exposition aux baies vitrés grandes ouvertes sur l’extérieur. Il pourra compter aussi sur le potentiel de ses artisans et designers pour forger et mettre en avant des réussites individuelles. Depuis cet été, ils sont une dizaine à avoir intégré l’un des vingt ateliers répartis sur les 2 600 mètres carrés d’un site entièrement rénové par l’agence de Marie-Suzanne de Ponthaud, architecte en chef des monuments historiques. Un second appel à candidature sera lancé cet automne pour l’occupation des ateliers encore disponibles. Une structure sera également recherchée pour mettre en place et animer un incubateur. « Ce que nous recherchons, ce sont des métiers rares - à l’instar de l’héliograveuse que nous avons sélectionnée - ou bien des professionnels qui détiennent une maîtrise pointue liée à un un matériau ou d’une technique particulière », précise Magali Quesnel, , responsable préfiguration du JAD à la cellule Grands Projets et Patrimoine du Département.

Nouveau Bauhaus

Des loyers modérés et la mutualisation de machines souvent inabordables pour un artisan ou un designer indépendant, offrent un environnement économique favorable aux résidents. En outre, une équipe d’experts les accompagnera pour affiner leur modèle économique et les former aux outils numériques. Les professionnels ont été aussi choisis pour leur aptitude à transmettre leur savoir-faire : ils proposeront au grand public et aux jeunes générations des initiations à leur savoir-faire, dans l’optique de créer des vocations. Plus largement, le JAD se veut un lieu de découverte immersif des savoir-faire des métiers d’art et du design. Cela passera par des expositions, des rencontres avec les créateurs, des ateliers d’initiation, des conférences et débats… « L’idée du JAD est aussi de préserver les savoir-faire traditionnels, en les accompagnant vers des applications contemporaines », explique Magalie Quesnel. Dans le sillage du Nouveau Bauhaus européen, une initiative de la Commission Européenne visant à repenser le design ou l’architecture à la lumière des enjeux environnementaux, le JAD sera aussi un lieu d’expérimentation sur la transition numérique des métiers d’art et des initiatives autour du cycle des matériaux ou des matières bio-sourcées. Cet axe majeur d’innovation suppose un travail d’équipe entre artisans et designers. Tout le complexe a ainsi été pensé pour maximiser les occasions de rencontres et les co-créations, afin de faire du JAD une ruche de culture d’où fuseront des idées novatrices susceptibles d’irriguer, ensuite, tout le tissu artisanal alto-séquanais.

www.le-jad.fr

Nicolas Gomont pour HDS.mag n° 84 - Septembre-Octobre 

Entretien avec Alain Lardet, historien de l’art de formation, qui accompagne le Département dans la mise en place du JAD et portrait de Grégoire Talon, le designer qui assure la direction du nouveau projet départemental du JAD

Historien de l’art de formation, Alain Lardet accompagne le Département dans la mise en place du Jardin des métiers d’art et du design (JAD). Entretien à propos des dimensions culturelles, sociales et économiques du design et des savoir-faire. 

Des propos recueillis par Didier Lamare pour HDS.mag ( n° 84 septembre-octobre)

Passionné de savoir-faire, passé par les Arts déco de Strasbourg avant d’être diplômé de l’École nationale supérieure de création industrielle, Grégoire Talon, 45 ans, exerce depuis plus de quinze ans dans le domaine de l’artisanat d’art et du design.   

Un portrait proposé par Didier Lamare pour HDS.mag ( n° 84 septembre - octobre)