Les Rencontres Photographiques des Amis du musée départemental Albert-Kahn

Photographes du monde

Charles Delcourt, Jin Tian et Isabeau de Rouffignac, lauréats 2021 des "Rencontres photographiques" de l’association des Amis du Musée départemental Albert-Kahn, exposent leurs oeuvres dans le jardin, du 29 juin au 19 septembre. Ces prix récompensent depuis 2017 des photographes engagés dans une démarche de documentation du monde. Les trois artistes, dans la lignée des opérateurs des Archives de la Planète, ont ainsi été choisis pour la singularité de leurs projets respectifs, échos contemporains aux collections du musée. 

Le musée départemental Albert-Kahn accueille les travaux des lauréats 2021 des Rencontres Photographiques des Amis du musée, Charles Delcourt, Isabeau de Rouffignac et Jin Tian, pour une exposition de photographies contemporaines. Cette dernière s’inscrit dans la continuité du projet d’Albert Kahn et de ses Archives de la Planète : dresser l’inventaire visuel d’un monde en mutation.
Organisées à Boulogne-Billancourt depuis 2017 par l’Association des Amis du musée, les Rencontres Photographiques ont pour ambition de promouvoir la photographie documentaire et l’engagement des photographes d’ouverture sur le monde et de dialogue entre les cultures.

En raison de la crise sanitaire, la 4e édition des Rencontres Photographiques s’est déroulée exceptionnellement en distanciel. 237 photographes, issus de 29 nationalités différentes, investis dans l’exploration des territoires et des populations, ont présenté leurs travaux lors de lectures de portfolios organisées en vidéoconférence avec une centaine d’acteurs du monde de la photographie.
Le jury, regroupant 50 experts et présidé par Pascal Beausse, Responsable de la collection photographique du Centre National des Arts Plastiques (CNAP), a désigné les finalistes et parmi eux les trois lauréats 2021, récompensés chacun par une bourse de 6 000 €.

Charles Delcourt, Isabeau de Rouffignac et Jin Tian explorent des territoires et des communautés humaines singulières : une île écossaise autogérée de façon harmonieuse par ses habitants, les conditions de travail difficiles des mineurs dans les carrières de marbre du Rajasthan, les villages isolés de lépreux en Chine. Leur travail documentaire fait écho à l’engagement d’Albert Kahn autour des enjeux sociaux de son époque, révélant l’actualité de son projet et des collections patrimoniales du musée.
Ils succèdent à Pierre Faure (2018), Matthieu Chazal et Patrick Wack (2019), Julie Franchet, Yulia Grigoryants et Aleksey Myakishev (2020).

Les Rencontres Photographiques des Amis du Musée départemental Albert-Kahn bénéficient du soutien du Département des Hauts-de-Seine, de la Ville de Boulogne- Billancourt et du Fonds de dotation Porosus.

Charles Delcourt - Isle of Eigg

Eigg est une île minuscule des Hébrides intérieures située sur la côte ouest de l’Ecosse, devenue célèbre suite au rachat par ses habitants en 1997. Ceux-ci ont décidé de reprendre leur destin en créant un modèle d’autogestion citoyenne dynamique et original au bilan plus que positif.

L’un des premiers travaux de la communauté a été la construction d’une jetée permettant de relier l’île au reste du pays. Puis en 2008, les insulaires réalisent une première mondiale en construisant un réseau énergétique autonome qui combine à la fois les énergies solaire, éolienne et hydro-électrique.

En 24 ans, la population a doublé grâce au retour des jeunes et à l’installation de nouvelles familles le long de l’unique route de l’ile désireuses de s’impliquer dans ce nouveau modèle de société. Eigg compte aujourd’hui 120 personnes d’âges, de parcours et d’origines différents qui partagent leur amour et leur respect pour l’île. L’école a été réouverte, des activités variées ont vu le jour (brasserie, équipements touristiques, vannerie, festivals de musique, résidences artistiques, etc.). un projet de reforestation est en cours. 

Ce travail photographique est une réflexion sur un mode de vie, un exemple rare de communauté autogérée. C’est un portrait pluriel d’une microsociété sympathique qui évolue à contre-courantdes modèles sociétaux « classiques », dans la poursuite de ses idéaux écologiques.

Jardinier de formation puis architecte paysagiste, Charles Delcourt découvre la photographie en 2007. Il est depuis photographe documentaire et membre de l’agence Light Motiv. En parallèle de ses travaux de commandes, presses et institutionnels, il se consacre à des projets personnels et documentaires sur le long terme. Ses clichés sont caractérisés par un sens aigu de la composition, une mise en espace précise des êtres et des choses dans laquelle la couleur joue un rôle important.
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Barbara, Laig Beach, 2016
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Caravane, Galmisdale, 2018

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Marc et le mont An Sgùrr, 2019

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Hêtres sur la roure du Sgùrr, 2017
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Camille, Cuagach, 2018
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Graeme et Cath, 2016
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Bateau Pirate à la jetée, 2018


nullDean, Galmisdale, 2017  

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Travailleuse bénévole, 2018
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Barrage, Gamisdale, 2018

 

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Arrivée du ferry, Kildonnan, 2018

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Kildonnan, 2018 

Jin Tian - La malédiction apportée par le vent - une histoire de la lèpre en Chine

Poursuivant son travail sur les laissés-pour-compte de la Chine contemporaine, Jin Tian débute en 2016 la série Les démons du vent. Une histoire de la lèpre en Chine.

Selon les chiffres officiels de la République Populaire de Chine, il y avait plus de 500 000 lépreux dans le pays en 1956. Le gouvernement chinois ayant alors instauré une politique de quarantaine à grande échelle pour contenir la propagation de la maladie, des centaines de milliers de malades ont été isolés dans les montagnes et les îles. 

Du fait de leur long isolement, ces «villages de lépreux» ont connu un important sous-développement économique accentué par l’absence d’accès à l’éducation et à la santé publique. Leurs habitants ont subi une discrimination sévère en raison de la terreur inspirée par leur maladie, les obligeant à se retirer de la société. Entre 1950 et 2001, une loi interdisait tout droit au mariage ou à la parentalié aux personnes lépreuses, entraînant un vieillissement accéléré de cette population et une désertification de leurs villages. Ce chapitre historique touche à sa fin. 

Jin Tian a ainsi photographié 51 «villages de lépreux» dans neuf provinces chinoises, en collectant également des centaines de documents personnels et institutionnels. 

Jin Tian est un photographe indépendant, né en Chine et résidant à Paris depuis 2011. Il s’intéresse aux groupes marginalisés de la société, explorant les relations entre les problèmes sociaux, tels que la pauvreté, l’urbanisation, les nouveaux immigrants et les groupes ethniques.

 

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Ville de Wuzhou, province du Guangxi, 2017. Interdiction d’accès à la zone d’isolement des lépreux à
l’hôpital de Wuzhou.


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Comté de Nandan, province du Guangxi, 2017. Ce garçon, né dans un village de lépreux, n’a pas de
compagnon de jeu car peu d’enfants naissent dans le village.




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Comté de Hupu, province du Guangxi, 2019. Un ancien malade de la lèpre dans un hôpital abandonné et reconverti en église. Fondé à l’origine par des missionnaires britanniques, l’hôpital a été transformé en centre de quarantaine pour lépreux.
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Dianbai County, Guangdong Province, 2019. Maladie tropicale, la lèpre était autrefois répandue dans le sud de la Chine.




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Comté de Bobai, province du Guangxi, 2017. Garçon, né dans un village de lépreux, photographié dans la maison où il vivait. Il avait l’habitude d’aller travailler, mais devant les difficultés d’intégration des lépreux dans la société, il est finalement revenu au village.



nullComté de Longlin, province du Guangxi, 2019. Un homme avec ses enfants issus de la deuxième génération d’un village de lépreux. En raison des fortes discriminations de la société chinoise, cet homme a choisi d’épouser une femme d’un autre village de lépreux.



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Comté de Longlin, province du Guangxi, 2019. Un homme avec ses enfants issus de la deuxième génération d’un village de lépreux. En raison des fortes discriminations de la société chinoise, cet homme a choisi d’épouser une femme d’un autre village de lépreux.

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Préfecture autonome de Liangshan Yi, province du Sichuan, 2016. Dans ces villages isolés de lépreux, le jeu est l’une des rares activités de divertissement. Les villageois m’ont raconté que des gangs venaient y ouvrir des casinos clandestins parce que la police n’y venait jamais.
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Comté de Mata, province du Guangdong, 2019. Un malade de la lèpre et la dernière lettre de son ami lépreux datée du 23 mai 1988. Son ami était parti de la léproserie, lui a choisi d’y rester.


 


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Comté de Hupu, province du Guangxi, 2019.
Une vieille dame paralysée dans son lit. Dans le passé, lorsque les mesures d’isolement étaient strictes, les malades de la lèpre ne pouvaient pas
se marier. C’est pourquoi de nombreux villages de lépreux n’ont pas de population de jeunes.




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Comté d’Eryuan, province du Yunan, 2018.
Un ancien malade de la lèpre un peu fou dont le fils a été condamné à mort pour avoir tué un lépreux dans le village. Témoin de la scène, il ne peut toujours pas  accepter les faits 10 ans après et continue d’écrire des lettres de protestation.

 

Isabeau de Rouffignac - Marbre à tout prix

Marbre à tout prix raconte les conditions de travail difficiles des mineurs dans les carrières de marbre au Rajasthan en Inde. L’Inde est l’un des plus importants exportateurs de marbre au monde, le  Rajasthan fournissant à lui seul 90 % du marbre exporté. Les carrières à ciel ouvert s’étendent à perte de vue, créant de gigantesques escaliers blancs creusés dans la roche sur plus de trois cents mètres de profondeur.

Représentant la moitié des emplois du Rajasthan, l’exploitation extensive du marbre a pour conséquence la disparition des terres agricoles, bouleversant les modes de vie. La poussière de marbre, en se déplaçant et en se déposant, menace la santé des habitants des alentours et transforme profondément le paysage de la région. 

Les mineurs ont rarement un équipement de sécurité, leur port n’étant pas obligatoire : ils sont vêtus de leurs vêtements quotidiens et souvent chaussés de sandales. Les conditions sanitaires sont dévastatrices pour les mineurs, les accidents sont fréquents et les salaires insuffisants. En 2016, une étude a évalué qu’un mineur sur deux sera un jour atteint de silicose ou de silico-tuberculose, une maladie respiratoire incurable provoquée par l’inhalation de particules de poussière, soit plus de 800 000 personnes.

Isabeau de Rouffignac est une photographe indépendante, graphiste de formation. Son approche documentaire des autres cultures s’accompagne d’un regard profondément humaniste. En Inde, au Cambodge, en Thaïlande, elle prend le temps d’apprendre une langue, de connaître les histoires des habitants qu’elle rencontre, de partager avec l’autre.


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Carrière de marbre du Rajsamand.
Les carrières de marbre sont creusées dans la roche sur plus de trois cents mètres de profondeur. Chaque «marche» fait entre quinze et vingt mètres de haut. Les mineurs ne portent aucun équipement de sécurité, leur port n’étant pas obligatoire.
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Lachi - 56 ans en 2019. Fatigué par des problèmes respiratoires, il ne peut plus travailler tous les jours dans les carrières. Alors, de temps en temps, il accepte des travaux de maçon. C’est un journalier. 

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Ram Lal - 28 ans en 2019. Amaigri et extrêmement fatigué par la silico-tuberculose, il ne tient pas debout plus de 15 minutes et ne peut donc plus travailler dans les carrières. Aujourd’hui, pour un maigre salaire, il est gardien d’une petite exploitation. 


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Reka - 35 ans en 2019. Son mari travaille dans les carrières. Toute sa
famille habite au pied d’une décharge de marbre. Ils ont la silico-tuberculose
depuis deux ans et n’ont pas les moyens de faire des examens ni d ’ acheter les médicaments nécessaires. Extenué, il ne peut plus travailler tous les jours.
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Prairie transformée en décharge. Il y a cinq ans c ’ était une prairie, aujourd’hui c ’ est une décharge de déchets de marbre. 70% du marbre extrait des sols est destiné à la décharge. Le paysage de la région s’en trouve complètement transformé. 


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Ramesh - 20 ans en 2019. Il manipule des explosifs, un travail dangereux car il faut courir vite s’abriter en moins de vingt secondes. Il craint toujours qu’un explosif ne se déclenche pas et l’oblige à revenir sur ses pas. Il a aussi peur des courts-circuits provoqués par l’eau stagnante au fond de la carrière.


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3 roupies la plaque. Certains ouvriers sont payés à la plaque de marbre coupée. Pour une plaque de 26 cm x 26 cm, le prix est de 3 roupies (0,04 centimes d’euros), mais 40 % de ce qui est coupé part à la décharge et ne sera donc pas comptabilisé. En moyenne, un ouvrier coupeur gagne environ 200€ par mois.

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Carrière de marbre du Rajsamand.
C’est l’une des plus grandes carrières de marbre des environs de Rajsamand, au Rajasthan, que se partagent plusieurs exploitants. Dans cette région, la moitié des emplois sont fournis par le secteur du marbre.
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Poussière de marbre. Elle ne tue pas uniquement les ouvriers dans les carrières ou les petites unités de découpe. Légère, elle se déplace
avec le va-et-vient des camions et au gré du vent contaminant ainsi les
populations.

 

Une reportage du Guide vallée-culture juillet-août 2021 - n° 57   

Exposition des lauréats 2021 des Rencontres Photographiques de l’association des Amis du Musée départemental Albert-Kahn 
Du 29 juin au 19 septembre
Compris dans le billet d’entrée
COVID-19 : avant de vous déplacer, vérifiez les conditions d’accès sur albert-kahn.hauts-de-seine.fr
♦ Association des Amis du Musée départemental Albert-kahn : informations et adhésions sur amisdumuseealbertkahn.com