Les convictions d'Albert Kahn se confrontent aux réalités de son époque, marquée par les guerres, les ambitions nationalistes, et la fragilité des institutions internationales. Les photographies et films, œuvres patrimoniales et contemporaines, objets et documents d’archives présentés éclairent les grands bouleversements du XXe siècle et interrogent, aujourd’hui encore, notre rapport à la paix.
Albert Kahn, né en Alsace, façonné par l’exil, témoin de trois guerres majeures, a pourtant placé sa confiance dans la connaissance, l’éducation et le dialogue entre les peuples pour établir une paix durable. Son itinéraire de pacifiste se construit au fil des débats qui animent la IIIe République et des conflits qui la traversent : guerre franco-allemande de 1870, Première et Seconde Guerres mondiales. Entre 1898 et 1929, le banquier, à l’apogée de sa fortune et de sa notoriété, crée ainsi plusieurs fondations qui frappent aujourd’hui par leur modernité : les bourses Autour du Monde, qui anticipent le programme Erasmus ; les Archives de la Planète, vaste inventaire visuel déployé à partir de 1912 dans une Europe au seuil de la Première Guerre mondiale ; ou encore le Comité national d’études sociales et politiques, véritable think tank avant l’heure. Tous les moyens furent mobilisés pour nourrir les échanges entre les nations et promouvoir l’idéal d’une paix fondée sur le droit – principe cardinal du pacifisme juridique auquel Albert Kahn s’associa, aux côtés de figures telles que Paul d’Estournelles de Constant ou Léon Bourgeois, qu’il recevait régulièrement dans sa propriété de Boulogne.
L’exposition mêle narration biographique et récit historique pour révéler les tensions entre les idéaux pacifistes de Kahn et de ses proches et les réalités géopolitiques, dans un contexte où les efforts pour instaurer une paix durable se sont heurtés aux ambitions nationalistes et aux faiblesses des institutions internationales que Kahn avait appelées de ses vœux dans les années 1920 et 1930.
En transmettant l’héritage d’Albert Kahn, le musée qui porte son nom contribue ainsi à faire vivre une œuvre qui, bien au‑delà de son époque, continue d’inspirer notre rapport au monde et à l’altérité, et de nourrir une réflexion citoyenne sur les conditions d’une paix juste et durable.
Un dialogue entre œuvres patrimoniales et création contemporaine
L’exposition est largement fondée sur les collections du musée départemental AlbertKahn (photographies autochromes et monochromes, films, archives et objets), dont certaines pièces majeures, comme le film En dirigeable sur les champs de bataille de Lucien Le Saint, récemment numérisé en haute définition à partir des bobines originales. D’autres sont présentées pour la première fois, ainsi le mobilier de la société Autour du Monde, association des bénéficiaires des bourses de voyage créées par Albert Kahn, ou le seul écrit signé par le mécène, Des droits et devoirs des gouvernements. Elle s’enrichit de nombreux prêts patrimoniaux (œuvres d’arts graphiques, peinture, sculpture, archives et documentation) d’institutions comme le musée de l’Armée, le musée Rodin ou la Contemporaine. Le parcours d’exposition s’ouvre ainsi sur une toile monumentale du peintre Édouard Detaille, et se clôt sur un marbre de Rodin, L’Illusion, sœur d’Icare, ayant appartenu à Albert Kahn, de retour à Boulogne pour la première fois depuis la ruine du banquier.
Les œuvres contemporaines de Charles Fréger, Laurent Grasso, Calvin Marcus, Yan Morvan, Sophie Ristelhueber, Société réaliste, François Vermot et Luke Watson répondent au corpus historique, révélant les résonances du thème dans le monde d’aujourd’hui. Une commande auprès de l’artiste franco-néerlandaise Laurence Aëgerter, une tapisserie en trois volets, inspirée d’autochromes de la collection, évoque en épilogue de l’exposition le jardin d’Albert Kahn et la métaphore d’un monde réconcilié. L’œuvre a été réalisée avec le soutien de l’Association des amis du musée et du Fonds Mondrian pour l’art contemporain.
Au total, le parcours chrono-thématique en cinq parties présente près de 250 œuvres et documents sur les 600 mètres carrés de la salle d’exposition du musée. Des dispositifs immersifs et spectaculaires via la projection de films en grand format invitent les spectateurs à traverser le XXe siècle aux côtés des opérateurs, et faire l’expérience d’événements historiques sans précédents. Un parcours famille, ludique et pédagogique, est également déployé à hauteur d’enfant.
Commissariat de l'exposition
• Marie Lamassa, chargée de collections, musée départemental Albert-Kahn
• Aline Muller, chargée de collections, musée départemental Albert-Kahn
• Clément Poché, chargé d’expositions, musée départemental Albert-Kahn
• Assistés de Lysa Le Brière
Le catalogue de l’exposition est co-édité par le musée départemental Albert-Kahn et les Éditions courtes et longues.
► En partenariat avec Libération


Choisir la paix. Le combat d’Albert Kahn (1860-1940)
Du mardi 13 octobre 2026 au dimanche 13 juin 2027 (fermeture du 1er au 19 janvier, le 1er mai, et le 25 décembre)
Du mardi au dimanche : 11h-18h (octobre à mars) – 11h-19h (avril à septembre)
Entrée : 9€ / 6€ / Gratuit pour les moins de 26 ans
Tous publics : Parcours famille inclus dans l’exposition
albert-kahn.hauts-de-seine.fr





























