Le regard marqué par l’histoire du site – près d’un siècle d’usines de montage Renault – repèrera d’emblée ces « écailles » sur sa façade en forme de… losange. Apprêtée pour l’inauguration ce 12 octobre, cette « peau » signe visuellement l’heureuse issue artistique d’un drôle de serpent de mer : l’avenir de la pointe amont de l’ex-paquebot automobile, longtemps en friche, et cible de tous les fantasmes architecturaux. « Ce n’est pas seulement un centre d'art,explique Pierre-Christophe Baguet, maire de Boulogne-Billancourt et premier vice-président du Département qui a parlé d’une « victoire de l’espérance », c'est l'achèvement d'une promesse faite aux Boulonnais en 2008, celle d'une île rendue à la culture et à tous les publics, d'une ville qui a su transformer la fin d'une grande épopée en un recommencement ».
Le projet s’est décidément ancré dans la nouvelle destinée culturelle de l’île, à l’exact opposé de La Seine Musicale surgie des eaux, il y a bientôt une décennie, à l’initiative du Département. Entre les deux pointes qui les fait se rejoindre, le parcours de sculptures du parc départemental Gauthier-Mougin, antichambre du centre d’art : la première contribution insulaire du Fonds de dotation Emerige, géant de l’immobilier, en lien avec la SPL Val-de-Seine, société publique locale de la ville de Boulogne-Billancourt, et le Département, son propriétaire...
Ville sur l’eau
« L’art irrigue désormais toute l’île Seguin, qui devient, aujourd’hui plus que jamais, le cœur battant de notre Vallée de la Culture, que nous continuons de développer avec, à Saint-Cloud, le musée du Grand Siècle », a souligné le président du Département, Georges Siffredi.À la façon des poupées russes, Large s’imbrique dans plus grand que lui. Au cœur de la Pointe des Arts d’abord, projet mixte de plus de 53 000 m2 comprenant des bureaux, des commerces, un hôtel 4* avec bar panoramique, un cinéma Pathé « nouvelle génération » et quelques bonnes tables (bouillon, brasserie, bar à pâtes, etc.). Une « ville sur l’eau », asseyant l’économie globale d’une « folie » de collectionneur.
« Ce n’est pas seulement un lieu où l’on accroche des œuvres : nous voulons y produire, expérimenter et accompagner les artistes », explique Laurent Dumas, président de Large et d’Emerige, dont le Fonds œuvrera en principal mécène de ce rééquilibrage vers l’ouest du paysage francilien de l’art contemporain. « L'île Seguin devient l'un des lieux emblématiques de la culture du Grand Paris, sans doute le seul site en Europe à réunir les sept arts majeurs sur une île, à proximité immédiate d'une capitale », a souligné Pierre-Christophe Baguet.
Urbanité ouverte
Conçu par RCR Arquitectes, Prix Pritzker 2017 – le « Nobel » d’architecture – à qui l’on doit le musée Soulages à Rodez, et le français CALQ, l’écrin du Large, c’est encore l’agence catalane qui en parle le mieux : « Une symphonie de formes qui convergent l’une avec l’autre, dans leurs motifs et leurs transparences, qui interagissent avec la lumière et le paysage de la Seine. » Dix-huit ans durant, Paula Eisenberg dirigea le centre d’art parisien La Maison Rouge avant de se voir confier, en 2019, les rênes du Fonds en même temps que la direction du Large. « L’art contemporain est parfois considéré comme destiné à une élite formée pour l’apprécier, nous voulons participer à sa démocratisation. »
L’offre tarifaire a été élaborée en direction du jeune public et des familles, la gratuité s’étendant aux moins de 26 ans, tandis que les espaces communs, toit d’un premier niveau d’œuvres et de la terrasse, au sommet, végétalisée par le paysagiste Michel Desvigne (déjà créateur de Gauthier-Mougin), où la vue porte sur La Seine Musicale et le parc départemental de l’île Saint-Germain, s’arpentent en accès libre. « La culture n'est pas un luxe réservé à quelques-uns, nous la portons au plus près des Alto-Séquanais, souligne Georges Siffredi. Large s'inscrit dans cet esprit. » L’exposition inaugurale, Moteur imaginaire, boucle la boucle en puisant son inspiration dans l’héritage symbolique du site, avec la voiture métamorphosée en objet d’art « symbole puissant d’innovation, de progrès et de liberté », décrypte Cecilia Alemani, sa commissaire.
Moteur imaginaire, des chefs d’œuvres de la collection Renault aux artistes d’aujourd’hui, exposition inaugurale jusqu’au 7 mars 2027.
large-emerige.fr































