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Une vie à l'oeuvre : Louise de Vilmorin

Une vie à l'oeuvre : Louise de Vilmorin

La Maison de Chateaubriand rend, avec l’exposition "Une vie à l’œuvre : Louise de Vilmorin", un devoir de voisinage

Louise de Vilmorin (1902-1969) est née à quelques kilomètres de la Vallée-aux-Loups, à Verrières-le-Buisson. Très attachée à la résidence familiale dont elle hérite avec ses frères et sa soeur en 1929, elle revient s’y installer définitivement dans les années 1950 et y tient salon en compagnie d’André Malraux dans les années 1960. C’est là qu’elle s’éteint le 26 décembre 1969, il y a cinquante ans cette année. L’anniversaire de sa disparition est l’occasion de revenir sur son oeuvre. Un beau sujet pour la Maison de Chateaubriand qui, à l’instar de cette grande dame, cultive le plaisir des mots, de l’écriture, et la passion de la littérature.

 

Une oeuvre littéraire immense

En 1934, Sainte-Unefois paraît chez Gallimard. C’est le début d’une carrière d’écrivain prolifique retracée dans les salles d’exposition de la Maison de Chateaubriand : les débuts, le succès, les collaborations artistiques, les amitiés, les sources d’inspiration…

L’écrivain au travail

Un demi-siècle après la disparition de Louise de Vilmorin, les visiteurs de la maison d’écrivain redécouvrent son verbe pétillant, ses oeuvres nourries des multiples liens qu’elle a noués avec les personnalités du monde des arts et des lettres les plus en vue de l’époque. Face aux ouvrages imprimés, illustrés, aux manuscrits dactylographiés, aux lettres autographes, ils entrevoient l’ampleur de son travail, le chemin parcouru du manuscrit raturé au texte publié, jusqu’à l’adaptation cinématographique parfois. Ils découvrent l’auteur encensé  par ses admirateurs, au premier rang  desquels figure Jean Cocteau, qui lui envoie ces mots en 1934 après avoir lu  son premier roman : « Mais je ne savais pas que vous aviez du génie, je vous adore ». Ils lisent également cette dédicace reconnaissante d’un volume de Sainte-Unefois qu’elle adresse à André Malraux : « Mon cher André, voici pour vous ce livre qui n’existe que par vous ».

Un écrivain aux multiples talents

La visite de l’exposition met en lumière les multiples talents de la femme de lettres qui écrit aussi bien des articles sur la mode, dont une « Défense de l’élégance » dans un numéro de Vogue daté de l’hiver 1945-1946 ou « Voilettes » dans Femina en octobre 1948, que des romans à l’intrigue et aux personnages travaillés qui seront pour les plus fameux portés à l’écran.

Oeuvre d’une vie

En trente-cinq années de carrière, elle est tour à tour romancière, poétesse, épistolière,journaliste, biographe, parolière, actrice, scénariste et dialoguiste de film.
L’oeuvre protéiforme et encore méconnue de Louise de Vilmorin a été saluée par ses pairs (Jean Cocteau, Georges Auric,Jean Hugo, arrière-petit-fils de Victor Hugo, peintre, graveur et dessinateur). Elle laisse douze romans de son vivant, des recueils de poésie, des livres illustrés et en collaboration, plus d’une centaine d’articles de presse notamment pour Vogue et Marie Claire, des traductions, des scénarios, des milliers de lettres et une biographie de Coco Chanel (Mémoires de Coco) commencée en 1948 et parue post mortem en 1972 (rééditée en 1999).

Inspirations

Au fil de l’évocation, portraits et catalogues de graines évoquent sa famille  qui compte d’illustres grainetiers et botanistes, dont son père Philippe.
On découvre sa vie, étape par étape, à Saint-Jean-de-Luz, de Las Vegas à Presbourg en Slovaquie, à Paris, en Autriche, en Alsace… Des éditions rares,illustrées et dédicacées, des lettres et des manuscrits donnent un aperçu de son processus créatif. Ils sont complétés d’affiches, de photographies, de dessins,de unes de presse ou encore d’oeuvres d’art, dont des tableaux de sa main ou qui la représentent.

Dans l’intimité

Clou de l’exposition, un salon bleu dans l’esprit de celui de Verrières. Revêtus d’un tissu bleu à fleurs blanches, rideaux et fauteuils évoquent la dernière partie de sa vie. Des objets rappellent sa collection de bibelots et d’oeuvres de ses amis artistes, des objets intimes dont un coffret,  un vase, un cendrier et un étui d’allumettes, tous trois ornés du trèfle, l’emblème qu’elle s’est choisi et dont les quatre feuilles représentent ses frères, et un tabouret qui lui permettait de reposer son genou, donnent la sensation qu’elle vient de quitter la pièce, tel un hommage posthume à l’écrivain comme à la femme du monde.

Un personnage aussi talentueux qu’attachant

L’esprit les lettres

D’emblée, le visiteur rencontre l’écrivain.  Photographies à l’appui, elle « surgit » dans la bibliothèque lorsque deux de ses proches, son ami et biographe, Jean Chalon, et Anne Filali, fille adoptive du sculpteur Jacques Zwobada, évoquent souvenirs et anecdotes dans une vidéo captée pour l’exposition.

Récits

« Une véritable Shéhérazade » s’exclame le premier qui se remémore les soirées de Verrières-le-Buisson, où l’écrivain tenait salon et monopolisait la parole, entourée d’un cercle choisi. Il raconte aussi qu’elle aurait inspiré la Rose du Petit Prince, écrit par son amour de jeunesse Antoine de  Saint-Exupéry. Mais ce sont surtout son élégance, sa gentillesse et sa simplicité qui s’imposent au fil des témoignages : le château qu'elle appelle la « maison de famille », les repas qu’elle y sert à ses invités, composés de mets simples, mais admirablement bien cuisinés, une solution plus économique  de manière à recevoir plus souvent…

Révélations

Qu’il le découvre pour la première fois ou qu’il connaisse déjà le personnage, le visiteur risque fort de tomber sous le charme de Louise, à l’instar de l’élite artistique et littéraire de son  temps : Antoine de Saint-Exupéry, André Malraux, Jean Cocteau, Jean Hugo, Orson Welles… C’est une « influenceuse, de la même trempe que Juliette Récamier » pour Olivier Muth, commissaire de l’exposition. Chacun peut facilement s’en convaincre au fil des grandes étapes de sa vie qui se succèdent à l’étage de la Maison de Chateaubriand.
En Amérique, en Hongrie, à Paris, puis à Verrières, sa carrière d’écrivain est à l’honneur, éclipsant, sans la cacher complètement, la femme mondaine et amoureuse  Aquarelles, tableaux et calligrammes prouvent le talent de Louise pour le dessin et la peinture. Son sens de l’observation transparaît également dans son abondante correspondance, comme dans les articles qu’elle écrit pour la presse. Son portrait par Jean Hugo, un buste d’elle, réalisé vers 1948 par Jacques Zwobada, accompagnés de nombreuses photographies aident encore à mieux la percevoir, qu’elle prenne la pose ou pas, entourée ou seule, à différentes époques de sa vie, tandis que l’importance de son travail d’écrivain, sujet principal de l’exposition, s’incarne dans ses romans, des coupures de presse et dans les différentes adaptations cinématographiques de son oeuvre.

À lire

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♦ Dans la revue Valléé de la culture n°19, l'article Une vie à l'oeuvre, Louise de Vilmorin par Olivier Muth Conservateur en chef du Patrimoine, Directeur des Archives départementales des Hauts-de-Seine.

♦ Correspondance croisée avec Jean Hugo (1935-1954) éditée chez Honoré Champion par Olivier Muth, commissaire de l’exposition et spécialiste du sujet

♦ Catalogue de l’exposition par Olivier Muth, commissaire de l'exposition et de Geneviève Haroche-Bouzinac, professeur à l’université d’Orléans, directrice de la revue Épistolaire.

Autour de l'exposition

Concert, conférences, projections, ateliers, lectures, visites théâtralisées...  de nombreuses animations autour de l'exposition sont proposées à la Maison de Chateaubriand.
Le programme complet "Autour de Louise"

Exposition jusqu'au 15 mars 2020

Visites libres : du mardi au dimanche de 10h à 12h et de 13h à 18h30 (en octobre)
Tarif : 5 € - Tarif réduit : 4 €
Visites guidées :  Tarif : 7 € - Tarif réduit : 6 € 
Avec un conférencier (45 min) : exposition seule : un dimanche par mois à 16h de novembre à mars ;  parcours permanent et exposition : du mardi au samedi à 16h
Domaine départemental de la Vallée-aux-Loups
87, rue de Chateaubriand
92290 Châtenay-Malabry
vallee-aux-loups.hauts-de-seine.fr

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