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Les Extatiques : circulez, tout à voir !

Les Extatiques : circulez, tout à voir !

Pour leur troisième année, les Extatiques dévoilent une sélection d’œuvres contemporaines en plein air sur le thème « Rien à voir ». Dix-sept artistes sont exposés, dont six pour la première fois à La Seine Musicale.

« Bienvenue dans le lieu de l’extase ! » Pour la troisième fois, Fabrice Bousteau nous enjoint à venir contempler les œuvres contemporaines des Extatiques à Paris La Défense. Pour cette nouvelle édition, le commissaire de l’exposition a poussé plus loin sa flânerie, jusque sur le toit-jardin et le parvis de La Seine Musicale, où six artistes se sont emparés de l’espace public.

Au total, dix-sept nouvelles œuvres sont exposées jusqu’au 4 octobre, rassemblées sous un même thème : « Rien à voir ». « On parle toujours de l’art sous l’angle de l’esthétique et du beau alors que l’artiste Marina Abramovic disait que ²l’art est une question d’énergie et l’énergie est invisible² », se souvient Fabrice Bousteau. Ainsi, les œuvres présentées font appel à différents sens et peuvent soit s’écouter comme Screwed harmonies, l’orgue éolien de Matteo Nasini, se sentir avec les capsules de porcelaine de Julie C. Fortier qui renferment et libèrent des senteurs florales (Le jour où les fleurs ont gelé) ou tout simplement se voir comme l’intervention colorée et toute en ellipses de Felice Varini sur La Seine Musicale (Arcs d’ellipses jaunes rouges et bleus). D’autres artistes prennent le thème sous son deuxième sens et présentent des œuvres improbables comme Strenghtlessness, l’obélisque fatigué d’Iván Argote ou le labyrinthe Zig Zag d’Héctor Zamora qui joue avec les ombres, le soleil et l’architecture de Paris La Défense. Enfin les hommes et femmes fontaine de Fabrice Hyber jouent le rôle de fil rouge de l’exposition, en étant présents à la fois sur l’île Seguin et dans le bassin Takis de Paris La Défense.

Plus de trois quarts des œuvres ont été créées pour cette exposition temporaire à ciel ouvert qui répond à celle, permanente, du quartier d’affaires et ses 73 sculptures qui forment un véritable condensé de l’art du XXe siècle. Un patrimoine qui s’agrandit au fur et à mesure puisque certaines œuvres des deux précédentes éditions des Extatiques sont restées sur le parvis, comme le Banc public de Lilian Bourgeat et La voiture sur le lampadaire de Benedetto Bufalino.

Les oeuvres à La Seine Musicale

Arcs d’ellipses jaunes, rouges et bleus, Felice Varini

Il n’y a pas qu’un seul point de vue, mais « cent mille » selon Felice Varini. En un point, les courbes jaunes, rouges et bleues disposées sur la façade de La Seine Musicale et sur la passerelle qui relie l’île Seguin à Meudon se rejoignent pour former des cercles colorés. Ce n’est que la porte d’entrée de l’œuvre puisqu’une fois qu’il s’en éloigne, le spectateur admire en fait autant de points de vue sur l’œuvre.

Hommefemme et Les amis, Fabrice Hyber

Ils sont verts, font tous 87 cm de haut - la moitié de la taille de leur créateur – et de tous leurs orifices corporels se déversent des filets d’eau. Ces hommes et femmes fontaine sont le fil rouge de ces Extatiques, présents à la fois sur le toit de La Seine Musicale et dans le bassin Takis de Paris La Défense.

Le jour où les fleurs ont gelé, Julie C. Fortier

Elles ont cristallisé comme le givre sur une fenêtre en hiver. Ces sept capsules de verre et de porcelaine renferment chacune des molécules utilisées pour la composition des parfums, présentées sous forme de cristaux. Au gré du vent et de la chaleur, elles libèrent des accords de senteurs de fleurs d’oranger ou encore de fougère.

Méandre, Elsa Sahal

Comme si le monstre du Loch Ness s’était échoué sur l’île Seguin. Sur le toit de La Seine Musicale, cette longue forme rampante semble tout droit sortie des flots avec ses écailles qui évoquent une armure. Entourée de fleurs aquatiques et de coraux, elle épouse les courbes du jardin de Shigeru Ban. En symbiose avec son environnement ou en lutte face à un terrain hostile ?

Screwed Harmonies, Matteo Nasini

Le vent comme seul chef d’orchestre. Cette sculpture sonore de presque trois mètres de hauteur est en réalité une orgue éolienne à percussion. Le vent fait tourner l’hélice au sommet de la structure et met en mouvement des sphères qui frappent des tuyaux accordés et donnent des sons ressemblant à ceux d’une cloche. Un mouvement continu et aléatoire qui fait écho à la vis infinie de Léonard de Vinci.

Les oeuvres à Paris La Défense

Pigeonner, Julien Berthier

Les pigeons, dans leurs œuvres. Ces nuisibles citadins, souvent oubliés dans le paysage urbain, sont remis à l’honneur par l’artiste Julien Berthier et son projet « Pigeonner ». Sur trois sculptures de Paris La Défense – Banc public de Lilian Bourgeat, La Défense de Paris de Barrias et Doubles lignes indéterminées de Bernar Venet – il a apposé des sculptures grandeurs nature de pigeon en bronze, matériau noble. Quand le banal devient artistique.

L’œuvre boîte, Gilles Barbier

Aileron de requin ou ouvre-boîte ? L’artiste Gilles Barbier joue avec l’ambiguïté des formes et puise son inspiration dans le registre de la bande dessinée. Il transforme ici l’objet du quotidien en requin à l’affût du visiteur sur les pelouses de Paris La Défense.

Mélusine, Ivàn Navarro

Mélusine est une créature hybride mi-femme mi-serpent aquatique, condamnée à hanter les populations et à veiller sur elles. Une ambiguïté dont Iván Navarro s’empare en jouant des doubles sens et le décalage entre vérité et les apparences. Dans ce puits sans fond qui rappelle ceux en briques traditionnels, le mot Mater en néon interpelle par son ambivalence : à la fois « mère » en latin et synonyme de regarder.

The Tao Laughter n°4, Yue Minjun

Ce grand visage souriant est le modèle immuable des travaux de Yue Minjun. Un rire franc, en hommage à Lao Tseu, fondateur du taoïsme, qui suggérait que le rire pouvait résoudre les problèmes de société sans douleur ni chagrin pour atteindre la paix intérieure.

Zig Zag, Héctor Zamora

Et si Paris La Défense était un vaste labyrinthe dans lesquels salariés et habitants ne font que zigzaguer ? Héctor Zamora interroge le quartier d’affaires en créant ce labyrinthe en brique ajourées en terre cuite dont les projections d’ombres diffèrent tout au long de la journée, rendant l’œuvre éphémère.

La Défense, les fragments de l’invisible, Paul Rousteau

Des tours vues comme à travers un kaléidoscope, d’autres encore plus énigmatiques, floues et surexposées. Avec son appareil photo, Paul Rousteau pose un regard nouveau sur le quartier d’affaires en déformant parfois à l’extrême la réalité. Cette sélection de trente photographies le long de l’esplanade sont autant de pièges visuels destinées à interroger le spectateur sur son environnement.

Arbrabra, Anne Claverie

Cet arbre hybride réconcilie l’homme et la nature avec ses matières brutes comme le métal et le caoutchouc. Anne Claverie s’attache à récupérer, accumuler et transformer des matériaux industriels ou naturels. Le pneu, matériau d’apparence difficile, est dompté pour devenir un OTNI, un Objet terrestre non identifié.

Strengthlessness, Ivàn Argote

Dans la même perspective, deux obélisques se font face. Le premier à la Concorde se dresse fièrement. L’autre, à Paris la Défense, sans forme et sans force. Ivàn Argote prend le parti d’intervenir de manière humoristique et un brin naïve sur ce monument et utilise des stratégies comme la désobéissance et la fantaisie.