Dernière mise à jour : 18/01/2013

Les jardins familiaux des Hauts-de-Seine

Créés à la fin du XIXe siècle, les jardins ouvriers n'ont pas disparu. Ils sont devenus familiaux. Dans les Hauts-de-Seine, il en fleurit un peu partout, même au cœur des villes.

20121009-Jardins Familiaux
© CG92/JOSE JUSTO

Des petits lopins urbains à l'abri du temps qui passe

Pour le visiter, mieux vaut avoir été invité. Ne serait-ce que pour trouver l'entrée. Le jardin familial de l'île Saint-Germain à Issy-les-Moulineaux est à l'abri des regards et du temps qui passe. Pare-brise détourné pour servir de toit à une serre, bidon transformé en barbecue, les 3 000 m2 n'ont pas pris une ride depuis l'époque où ils étaient cultivés par les employés de l'usine Renault située alors juste en face sur l'île Seguin.

Autre héritage, la taille des quinze parcelles : deux cents mètres carrés chacune. « C'était la superficie moyenne du temps des jardins ouvriers parce qu'elle devait permettre de cultiver suffisamment de fruits et légumes pour nourrir une famille de deux adultes et de quatre enfants.

Le prix aussi est resté celui d'un jardin ouvrier : cent soixante euros par an », explique Jean-François Batalla, président de l'association « Les jardins de la pointe de l'île ». « À chaque fois que quelqu'un s'inscrit pour obtenir une parcelle, je lui explique que le jardinage, c'est beaucoup de plaisir, mais aussi beaucoup de contraintes. Il faut venir au moins deux à trois demi-journées par semaine et être là en juillet et en août pour arroser et récolter. Le profil idéal, ce sont donc de jeunes retraités qui n'ont pas de maison de vacances et habitent à proximité. »

Créés à la fin du XIXe siècle par l'abbé Lemire, les jardins ouvriers sont devenus jardins familiaux en 1952. « Leur nom ne correspondait plus à la réalité. Aujourd'hui, les jardiniers peuvent être cadres, médecins, enseignants, précise Michèle Roncin, responsable des Jardins franciliens pour la Fédération nationale des jardins familiaux et collectifs. Depuis une dizaine d'années, les jardins connaissent un nouvel engouement. Mais les parcelles sont de plus en plus petites du fait de l'urbanisation. »

Culture et convivialité

Les jardins familiaux du Pont de Sèvres à Boulogne-Billancourt ont ainsi poussé en 2001 sur une dalle au-dessus d'un parking. Une vingtaine de parcelles d'environ dix mètres carrés chacune, à trente euros par an.

« L'objectif de ces jardins est de favoriser la mixité sociale. C'est un lieu de rencontre pour les habitants du quartier », explique Ghislain Atgié, président de l'association. Ici, on cultive donc avant tout la convivialité.

Dépaysement

Au milieu de ses 150 m2, juste derrière son immeuble de la Butte-Rouge à Châtenay-Malabry, Liliane Lenfant a « l'impression d'être à deux cents kilomètres de Paris ». Enfant, elle voulait devenir jardinier paysagiste. Sa parcelle, elle la voyait donc entièrement envahie par les fleurs. Mais il a fallu faire des concessions.

À Châtenay, comme dans la plupart des jardins familiaux, au moins la moitié du terrain doit être transformé en potager et aucune monoculture ne doit occuper plus du quart de la surface. Déléguée de la Fédération nationale des jardins familiaux et collectifs, Liliane Lenfant s'occupe d'une partie des soixante-deux parcelles réalisées par le conseil général à la Butte-Rouge entre 1997 et 1999. Principale règle à faire respecter : n'utiliser ni pesticides ni engrais chimiques.
« Les jardiniers amateurs sont les premiers pollueurs de France. Ils n'ont aucune notion des doses à utiliser. Sans le savoir, ils déversent de nombreux produits que l'on retrouve ensuite dans les nappes phréatiques ou les cours d'eau, affirme Élisabeth Dujardin, directeur des Parcs, Jardins et Paysages au sein du conseil général. Dans les deux jardins familiaux qu'il a aménagés, le département souhaite favoriser les cultures vertueuses, le recyclage des déchets verts et une utilisation raisonnée de l'eau. »

Vis d'Archimède

Inaugurés en juin 2006, en même temps que le parc départemental, les jardins familiaux du Chemin-de-l'Île à Nanterre bénéficient ainsi d'un ingénieux système. Des vis sans fin pompent l'eau de la Seine acheminée, via un canal enterré, jusqu'à une série de bassins filtrants. Épurée et oxygénée par des végétaux aquatiques, elle est ensuite transportée, grâce à une éolienne, vers les vingt-deux parcelles disposant chacune d'un bac de mille litres. L'eau retourne enfin au fleuve.
D'ici 2011, le département prévoit d'agrandir de cinq hectares le parc qui en compte déjà près de quinze. En revanche, il ne prévoit pas d'y aménager de nouveaux jardins familiaux. Dommage pour les quelque cent vingt personnes qui sont sur la liste d'attente.

 

En savoir plus :

> Fédération nationale de jardins familiaux et collectifs
Site Internet : www.jardins-familiaux.asso.fr
01 45 40 40 45

> Association Les jardins de la pointe de l'île
Contact :
jfbatalla@free.fr
06 08 09 36 24

> Association des jardins familiaux du Pont de Sèvres
Contact : 01 46 08 33 83