Dernière mise à jour : 13/05/2014

Guinguettes au Plessis-Robinson

En tenue de la Belle époque - voilettes, dentelles et canotiers, les habitants s'adonnent aux joies de la valse-musette et de la table. Retour sur cette tradition née au XIXe siècle.

 

Quelle est l'origine du mot "guinguette" ?

Une "guinguette", c'est un petit cabaret dans les fauxbourgs et les environs de Paris, où les artisans vont boire durant l'été, les dimanches et les fêtes. Ce terme est nouveau, il apparaît vers la fin du XVIIe siècle.
A la source de son éthymologie, vient apparemment ce qu'on vend dans ces cabarets : un méchant petit vin que l'on appelle ginguet, celui qui se cueille à l'époque aux environs de Paris.

La guinguette du XIXe et de la première moitié du XXe siècle est bien différente de celle d'aujourd'hui : on y vient tout d'abord pour passer une journée à la campagne et fuir la pollution des grandes villes et l'insalubrité des logements.
Les activités sont variées. On mange : la friture de poisson, la matelote d'anguilles, et plus tard les moules-frites. On joue : balançoires, jeux de foire. On danse : la valse, la polka, le quadrille jusqu'au début du XXe, puis le musette au son de l'accordéon). Et on profite de tous les loisirs liés à l'eau : canotage, baignade, pêche, spectacles nautiques : course d'avirons, joutes, bateaux fleuris…

Joseph Gueusquin ouvre, vers 1840, un bal-restaurant

Restaurateur, Joseph Gueusquin découvre le Plessis-Piquet vers 1840. En bon Parisien, il vient folâtrer le dimanche au bal de Sceaux, fort réputé à l’époque.
Poussant un peu sa promenade, il se retrouve sous des châtaigniers du Plessis à la taille tout à fait remarquable.
Inspiré par l'histoire des Robinson suisses, le restaurateur imagine l'installation, dans le plus grand d’entre eux, de cabanes reliées par un escalier. Il y ouvre un bal-restaurant, qu'il baptise le « Grand Robinson ».
C’est le début des guinguettes du Plessis. Leurs succès attireront bien vite d’autres restaurateurs. Elles feront danser et s’amuser, pendant plus d’un siècle, des centaines de milliers de Parisiens, de provinciaux et même d’étrangers.
C'est ainsi qu'en 1919, la commune du Plessis-Piquet, forte du succès de ses guinguettes, prend officiellement le nom de Plessis-Robinson.

Du Plessis-Piquet à Robinson Cruosé : d'où vient la mode des "robinsonnades" ?

"Robinson Crusoé", le roman de Daniel Defoe, connaît un succès immédiat et international dès sa parution. Inspiré par ce mythe, un restaurateur du Plessis-Piquet baptise sa guinguette "Au Grand Robinson". Le succès est tel qu'en 1919, la commune du Plessis-Piquet est rebaptisée Plessis-Robinson.

Du "Grand Robinson" au "Vrai Arbre"

En 1848, un restaurateur passionné par le récit de Robinsonnais Crusoé ouvre, dans le Val d’Aulnay, sur la commune du Plessis-Piquet un bal-restaurant qu’il baptise « Au grand Robinson ». Le succès est immédiat. Le Tout Paris défile bientôt dans ce quartier de Robinson qui comptera très vite des dizaines de Guinguettes.
L’une d’entre elle, le Chalet Sans souci, est rebaptisée « Au Grand Arbre » par son propriétaire, Louis Fatiguet. En face, afin de conserver son image de fondateur, Ernest Gueusquin, qui succède à son père en 1888, rebaptise son établissement « Le Vrai Arbre ».

Quel rapport y a-t-il entre un marin écossais indiscipliné du 18e siècle, des cafés perchés dans les châtaigniers du Val d'Aulnay, une île au large du Chili et un best-seller international… ? Quel point commun unit ces entités hétéroclites ? Rien moins qu’un mythe : celui de Robinson Crusoé.

Le vrai Robinson

En 1704, Alexander Selkirk est marin à bord du Cinque-Ports, un navire de 96 tonneaux parti dans les mers du Sud à la chasse aux Espagnols, pour tenter de les dépouiller de leurs trésors. C’est un solide gaillard, qui n’a pas très bon caractère, ni la langue dans sa poche.
Excédé par un ultime acte d’indiscipline, son capitaine finit par le débarquer sur une île déserte, l’île Mas a Tierra, dans l’archipel Juan Fernandez. Selkirk va y rester quatre ans et quatre mois, avant d’être recueilli par un autre navire qui mouille au large.
De retour à Londres deux ans plus tard, il raconte son aventure à un journaliste… qui en fait aussitôt la une.

Le Robinson de Daniel Defoe

En 1719, un imprimeur londonien publie « La vie et les surprenantes aventures de Robinson Crusoé, marin d’York, qui vécut tout seul 28 ans sur une île déserte… ». L’auteur, Daniel Defoe, tient là un héros mythique.
De « Nouvelles aventures » en rééditions, d’imitations innombrables - les Robinsonnades - en contrefaçons, d’adaptations diverses en versions cinématographiques, le succès est immédiat, international. L'histoire de Robinson Crusoé devient une véritable légende.
Daniel Defoe s’est-il inspiré de l’histoire de Selkirk pour écrire son Robinson ? Il ne le confirmera jamais, mais comment ne pas le penser tant les histoires sont similaires ?

Les Robinsons suisses

La mode des Robinsonnades envahit le monde entier jusqu’au 19e siècle. On écrit moult histoires d’enfants abandonnés sur une île déserte ou au milieu du désert, des récits d’aventures dans des milieux hostiles… jusqu’à Jules Verne qui s’inspirera de Robinson pour ses «Voyages extraordinaires», ou encore, pour «L’Île mystérieuse ».

La plus célèbre des Robinsonnades, « Le Robinson suisse ou Journal d’un père de famille naufragé avec sa femme et ses enfants » paraît en 1813. Plutôt que de s’abriter dans une grotte, comme le vrai Crusoé, la famille suisse trouve refuge dans un arbre.
Véritable phénomène de société en Angleterre et sur le continent, le mythe des Robinson va alimenter la croyance des lecteurs du XVIIIème siècle en un bonheur simple, près de la nature et loin des artifices de la société...