Les outils numériques dédiés à l’autonomie des personnes âgées

Nées au siècle dernier, l’électronique, l’informatique, les télécommunications ont envahi notre monde au quotidien avec leurs objets les plus visibles, l’ordinateur et le téléphone mobile, avec internet qui assure des transmissions instantanées et abolit les distances.
Le Conseil général des Hauts-de-Seine a intégré cette dimension dans son schéma départemental/soutien à l’autonomie des personnes âgées et des personnes handicapées/2014-2018. 

La révolution numérique représente-t-elle une avancée pour les personnes souhaitant vieillir chez elles ? Interview d'Amandine Brugière, chef de projet à la Fondation Internet Nouvelle Génération (FING, www.fing.org), co-auteur de l'ouvrage « Bien vieillir grâce au numérique » (édition FYP,2010).

 

hauts-de-seine.net : Quel est votre avis sur les outils numériques dédiés à l'autonomie des personnes âgées ?

Amandine Brugière : Jusqu'à présent, la rencontre entre technologie et vieillissement s'est faite dans le secteur de la santé, de l'accompagnement et de la dépendance : téléalarme, téléassistance par exemple. Beaucoup pensaient que ce marché serait très lucratif. Mais ces réponses n'ont pas vraiment rencontré leur public (au-delà des questions de coût) parce qu'elles se positionnent sur des constats négatifs, qu'elles sont stigmatisantes. Les systèmes d'alerte, type bouton d'appel en médaillon ou collier, signifient et montrent la dépendance et par conséquent, ne font pas envie. Les personnes concernées les acceptent en dernier recours, sous l'influence de leurs proches qui s'inquiètent pour leur sécurité. Ce ne sont pas des outils d'autonomie. De même les ordinateurs simplifiés ou les téléphones portables avec de grosses touches renvoient une image peu valorisante à leurs utilisateurs. En revanche, on peut imaginer une évolution plus positive avec l'arrivée en force des objets connectées. Maintenant, on peut placer des capteurs dans tous les objets usuels, la bouilloire le fauteuil ou le lit. Ainsi, les objets envoient, reçoivent des informations, agissent par eux-mêmes en fonction des circonstances. La différence, c'est que la personne aura la possibilité de choisir les objets connectés selon son mode de vie, choisir les destinataires des informations et choisir d'être autonome en déconnectant les objets à sa guise.

 

HDS : Les personnes âgées sont-elles exclues de la révolution numérique ?

AB : Premier constat, aujourd'hui, ce sont les « baby boomers », les personnes nées après la seconde guerre mondiale, qui sont à la retraite. Or ces générations ont connu l'informatisation au travail. Beaucoup ont des usages très développés des outils numériques. Ensuite, l'âge n'est pas forcément le bon critère pour déterminer la fracture numérique (si ce n'est pour ceux qui n'ont pas vécu l'avènement de l'informatique, les plus de 80 ans). Il faut plutôt retenir comme facteur l'environnement social et culturel. Plus vous êtes entouré, plus vous devenez un usager du téléphone portable et du courrier numérique. Et c'est par imitation que l'on acquiert des usages ; c'est en voyant faire les autres que vous changez votre regard sur la complexité de la technique. Bien entendu, le type d'usage est différent en fonction des âges. Les plus jeunes téléchargent et dialoguent entre eux, les plus vieux fréquentent les sites de e-administration et les services bancaires en ligne.

 

HDS : Comment aider les personnes à s'approprier cette technologie de communication, ne serait-ce que pour lutter contre l'isolement ?

AB : En lui donnant du sens pour la personne, en allant vers ses centres d'intérêt. Par exemple, retrouver avec elle la trace de chanteurs anciens avec un moteur de recherche ou redécouvrir avec « google earth » des lieux habités autrefois. C'est la crainte d'altérer ses propres repères, ses habitudes qui crée le rejet. La technologie, il faut la placer au service des individus et de sa capacité d'agir sur leur quotidien. Et pas à pas, quand l'usage se développe, il entraine une estime de soi, une dimension de confiance en soi, de fierté, de ne plus être exclu. En effet, la compréhension du numérique est extrêmement importante pour comprendre le monde tel qu'il évolue.