Et la robotique ? C'est pour aujourd’hui ou pour demain ?

La robotique est présentée comme la prochaine révolution, celle du 21e siècle. Les robots sont dans les usines, ils ont envahi l’espace industriel et de plus en plus, on dit qu’ils vont entrer chez nous. Ils seront alors au service des personnes âgées.

Comment ? Réponses de Raja Chatila, directeur de l'Institut des systèmes intelligents et de robotique(ISIR-Université Pierre et Marie Curie/CNRS).

Hauts-de-Seine.net : Gérontechnologie, domotique et maintenant robotique. Qu’est-ce que l’on entend par robot ?

Raja Chatila : Le robot se définit par trois capacités principales. D’abord, c’est une machine qui a des capacités de perception par l’intermédiaire de caméras ou de capteurs de distance ou de contact par exemple.
Ensuite c’est une machine qui peut se déplacer ou déplacer des éléments dans son environnement.
Enfin, un robot possède des fonctions lui permettant de prendre des décisions à partir de données complexes pour choisir parmi des possibilités d’action diverses.
De plus le robot, en particulier dans le contexte des gérontechnologies ou de la domotique, doit pourvoir communiquer et interagir, y compris physiquement avec les humains et s’adapter à eux. Rien à voir avec de simples automatismes. À partir de là, la robotique peut rendre des services aux personnes âgées principalement dans les domaines de la santé et de l’assistance et du confort. Les applications sont très ouvertes.

HDS : Pouvez-vous donner des exemples de robot ?

RC : Prenons l’aide à la marche. À l’ISIR, nous effectuons des travaux de recherche sur des robots d’assistance à la marche afin d’augmenter l’autonome de la personne et de différer le plus possible l’échéance de la perte de mobilité. Notre projet consiste à développer une canne active (qui permet de reculer l’utilisation d’un déambulateur) ainsi qu’un déambulateur intelligent.

Plusieurs laboratoires, en France et dans le monde, travaillent sur des robots de type « exosquelettes ». Des applications de ces robots sont destinées aux personnes âgées ou handicapées qui seraient invalides des membres inférieurs.
Il faut imaginer un habit, une sorte de « pantalon » articulé en l’occurrence, qui enveloppe les jambes. Le système, qui est pourvu d’un mécanisme motorisé et de capteurs, va porter la personne. Les capteurs mesurent les signaux que le cerveau envoie aux muscles et permettent au mécanisme d’anticiper le mouvement souhaité puis d’accompagner la marche. 

HDS : Et sur le terrain de la lutte contre isolement ?

RC : Il existe des expérimentations sur des robots Humanoïdes, des petits engins qui se déplacent et peuvent engager une conversation pour stimuler une personne.
Il est possible aussi d’envisager des robots de téléprésence qui ferait interface avec les aidants par des écrans ou des gestes commandés à distance. Mais en matière d’isolement, ces solutions sont à double tranchant si elles devaient être une incitation à se dispenser de visites à domicile.
Même intelligents, les robots ne seront jamais que des machines.

 

Déambulateur intelligent ?

Viviane Pasqui, Maître de conférences, chercheuse à l’ISIR, décrit le principe :

C’est un robot dont la mission est d’assister ceux qui ont de grandes difficultés à marcher, les personnes âgées en particulier. Il ressemble à un déambulateur classique, sauf que les roues sont motorisées et que les poignées se lèvent ou se baissent automatiquement. Il est également équipé d’une caméra 3D pour observer la posture de l’humain ainsi que de capteurs de force sur les poignets qui scrutent sa façon de s’appuyer, de pousser sur la machine. Le robot analyse la situation, comprend les demandes de la personne comme se lever, marcher, s’arrêter, contourner les obstacles, et lui apporte son aide, corrige d’éventuels déséquilibres. L’utilisateur n’a pas à manœuvrer la machine, ce qui implique confiance et confort. Ce robot sera opérationnel dans 4 ou 5 ans, tout au moins je l’espère, dans des Hôpitaux pour commencer, dans les centres de rééducation ensuite, avant de prendre sa place chez les gens qui ont besoin de ses services.