L'accueil des femmes victimes de violences dans les EDAS des Hauts-de-Seine

Les espaces départementaux d'actions sociales (EDAS) reçoivent de plus en plus de femmes victimes de violences : 1413 personnes accueillies et 450 accompagnées en 2014. Tous les milieux sociaux sont touchés. Interview de Maud Gassama, assistante sociale à l'EDAS de Colombes.

Comment se déroule l'accueil des femmes victimes de violences conjugales ?

 Souvent, elles minimisent les faits.  

Maud Gassama : À l'EDAS, les personnes rencontrent une secrétaire pour une évaluation de leur situation puis elles sont reçues par une assistante sociale. Ces premiers contacts sont primordiaux. Il faut que la confiance s'installe, que la parole soit libre, sans jugement.Nous devons les encourager à parler, à faire émerger la souffrance afin qu'elles puissent prendre conscience de ce qu'elles vivent réellement. En effet, souvent, elles minimisent les faits. Les violences, elles les subissent depuis des années mais il y a des moments de « lune de miel ». L'homme leur promet de ne jamais recommencer. Une promesse à laquelle elles tiennent. Elles espèrent jusqu'au jour où il va pousser un enfant, l'insulter, crier fort. Alors elles franchissent la porte de l'EDAS parce qu'elles ont peur, non pour elles mais pour leurs enfants. C'est la première fois, le premier lieu où elles exposent leurs difficultés, où elles dénouent le nœud de violence dans laquelle elles sont depuis longtemps. Il faut du courage. Elles en ont. On le leur dit.

Nous ne pouvons pas attendre que les femmes victimes de violences réagissent aussi vite que nous le souhaitons, qu'elles prennent le dessus immédiatement alors qu'elles sortent d'une emprise qui a toujours trop duré. Il arrive qu'à la suite du premier entretien, elles repartent et ne reviennent pas avant des mois, parfois jamais. À nous de laisser la porte largement ouverte.

En quoi consiste votre accompagnement ?

Elles sont terrifiées à l'idée d'être à la rue, sans ressource et de perdre leurs enfants.  

Maud Gassama : Nous accompagnons les femmes dans leurs démarches, par exemple jusqu'au commissariat de police, physiquement si nécessaire, si l'épreuve est trop difficile. Le dépôt de plainte est un acte incontournable pour que la parole des victimes soit prise en considération. Nous les invitons aussi à faire constater les violences par un médecin.

Les femmes victimes de violences redoutent les démarches administratives. Elles sont terrifiées à l'idée d'être à la rue, sans ressource et de perdre leurs enfants. Nous évoquons avec elles le chemin à parcourir : bénéficier d'un soutien psychologique, trouver un travail, trouver un logement.
Pour franchir ces étapes, nous travaillons avec nos partenaires du département, en premier lieu avec les associations du dispositif « Femmes victimes de violences 92 ».
Cependant, la plus part du temps, l'urgence, c'est l'hébergement. Par l'intermédiaire du SAMU social et des associations, nous recherchons un hôtel ou un centre spécialisé dans l'accueil des femmes victimes de violences. Ensuite, nous avons comme objectif d'aider ces femmes à redevenir actrices de leur vie.