Les bonnes feuilles du dernier livre du professeur Patrick Tounian

Les parents s’interrogent souvent car l’alimentation des enfants suscite de nombreuses recommandations parfois contradictoires.
C'est pourquoi le professeur Patrick Tounian pose et répond à 122 questions sur l’allaitement, les biberons, la diversification, les problèmes fréquents, les erreurs à éviter…

Voici en extrait une sélection de 7 questions/réponses de son dernier livre "Réponses à toutes les questions que vous vous posez sur l’alimentation de votre enfant" édition Odile Jacob.

Comment se préparer pendant la grossesse pour réussir au mieux un allaitement ?

La décision d’allaiter son bébé doit se prendre bien avant l’accouchement. Toutes les mères savent que leur lait est le meilleur aliment pour leur enfant, mais il demeure indispensable que le couple discute ensemble et avec des professionnels avant de faire un choix qui doit être consensuel et désiré.

Pour bien réussir un allaitement, il est impératif d’en avoir réellement envie.
Toutes les décisions prises sous la contrainte d’un proche ou d’un professionnel de santé, ou simplement par crainte de ne pas donner le meilleur à son bébé, sont vouées à l’échec à plus ou moins long terme.

Pourquoi la plupart des laits de croissance sont-ils aromatisés et/ou sucrés ?

La majorité des laits de croissance sont aromatisés à la vanille et /ou sucrés.
Ces ajouts sont destinés à améliorer leur acceptabilité, et notamment masquer le goût métallique qu’entraîne la supplémentation en fer.
Sans cela, ils auraient le même goût que les laits 1er ou 2ème âge et risqueraient donc d’être rejetés par les enfants de 2-3 ans dont l’éventail gustatif se rapproche davantage de celui de l’adulte que de celui du nourrisson. Tous ceux qui ont déjà goûté un infantile non aromatisé acquiesceront.

Ces additifs risquent-ils d’habituer les enfants à la saveur sucrée ou de les conduire vers l’obésité ? La réponse est clairement non.
On ne peut pas rendre un enfant dépendant au goût sucré, c’est une idée préconçue largement répandue, mais totalement erronée.
En revanche, on peut le rendre effectivement réfractaire à la consommation de lait non sucré, voire non aromatisé.

Les habitudes gustatives ne s’acquièrent que pour un produit donné, pas pour l’ensemble du panel alimentaire.
Un enfant peut ainsi mettre deux sucres dans son lait et préférer les yaourts nature aux yaourts sucrés. Il peut donc arriver que la consommation de lait de croissance aromatisé et /ou sucré favorise une préférence ultérieure pour le lait de vache chocolaté (c’est-à-dire aromatisé) et sucré, mais cela n’a aucun importance, l’essentiel étant que l’enfant continue à consommer du lait et des produits laitiers.

Quant au risque d’obésité il n’est aucunement lié à la consommation de sucres, si précoce soit-elle.
Mais si, malgré tout vous craignez que donner un lait de croissance aromatisé et/ou sucré ne soit risqué, sachez qu’il existe des laits de croissance que ne sont ni aromatisés ni sucrés. Ils ont cependant le même gout que les laits 2ème âge, et il n’est pas sur que votre enfant appréciera.
Et là, vous prendrez véritablement un risque…

Jusqu’à quel âge un enfant doit-il consommer du lait de croissance ?

La législation sur les aliments destinés aux enfants en bas âge s’arrête à 3 ans. C’est pour cette raison que les laits de croissance sont recommandés jusqu’à cet âge.
Mais d’un point du vue nutritionnel, les laits de croissances représentant la principale source de fer à cette période de la vie, l’enfant doit en consommer jusqu’à ce qu’il soit capable d’ingérer suffisamment de fer assimilable à partir d’autres sources alimentaires.

La consommation de lait de croissance doit ainsi être poursuivie jusqu’au moment où l’enfant parvient à ingérer environ 100 g de viande par jour.
Pour les carnassiers, cela peut effectivement arriver dès 3 ans, mais pour les autres, et notamment les petits mangeurs, il est souvent nécessaire d’attendre une à deux années supplémentaires, voir davantage.
Il ne faut donc pas hésiter à poursuivre la consommation de lait de croissance dans ces cas-là, même jusqu’à 6-7 ans s’il le faut. Et s’il veut continuer à le prendre au biberon, peu importe, pourvu qu’il en boive.

Petits pots pour bébés ou préparations maison, lesquels choisir ?

Lors de la diversification, les parents ont souvent un dilemme entre préparer eux-mêmes la purée de leur nourrisson où opter pour les petits pots pour bébés du commerce.
La première solution semble plus valorisante et plus sûre, dans la mesure où ils savent exactement ce qu’ingérera leur enfant.
Les petits pots sont bien sûr plus pratiques et les industriels vantent leur intérêt : moins de protéines, pas de sel ni de sucres ajoutés, ajout de fer et d’acides gras essentiels, contenu en vitamines restauré après cuisson des matières premières, pasteurisation écartant tout risque de contamination bactérienne, etc.
Au final, en France, la moitié des parents choisissent de soumettre leur talent culinaire au jugement de leur rejeton, et l’autre moitié fait confiance aux industriels.

Soyons objectifs : d’un point de vue nutrionnel, les petits pots pour bébés ne sont ni meilleurs ni moins bons que les préparations maison.
Les petits détails que mettent en avant les industriels ont peu d’importance dans la mesure où la totalité des besoins nutritionnels avant 1 an sont assurés par le lait infantile, à condition qu’il soit consommé en quantité suffisante.

Le principal avantage des préparations maison est le plaisir que prennent les parents à élaborer de petits plats pour leur enfant.
La dimension affective de ce choix ne doit pas être négligée dans l’alimentation du nourrisson.

Les petits pots sont très utiles aux parents dont l’activité professionnelle ne leur laisse pas le temps de préparer des plats variés à leur bébé, ou simplement à ceux qui n’aiment pas cuisiner.
Cependant, ils entrainent parfois un sentiment de culpabilité, voire une défiance.
Disons aux parents qu’ils n’ont pas de raison de se sentir coupables ni défiants en leur rappelant que la composition des petits pots est soumise à une règlementation très stricte et que les aliments qu’ils contiennent subissent de multiples contrôles, depuis leur production jusqu’à leur préparation.

En conclusion, quel que soit le choix des parents, ce sera le bon.

L’excès de protéines est-il dangereux ?

Chez le nourrisson et le jeune enfant, les protéines sont principalement apportées par les viandes, le lait et les produits laitiers.
Lorsque la consommation de ces produits est importante, les apports protéiques augmentent et génèrent une grande angoisse auprès des parents, mais aussi des professionnels de santé.
Elle n’est pourtant aucunement justifiée.

On sait aujourd’hui qu’un enfant a besoin d’un minimum de protéines pour sa croissance : 10 g par jour entre 0 et 2 ans et 12 g par jour entre 2 et 3 ans.
Après la diversification de l’alimentation, les apports en protéines sont deux à trois fois supérieurs à ces besoins minimaux, voire davantage si la consommation de viande ou de produits laitiers est conséquente.

Pour mieux comprendre, le tableau ci-dessous donne un aperçu du contenu protéique moyen de différents aliments.
On devrait se réjouir d’être bien au-dessus des valeurs en dessous desquelles l’enfant s’expose à des risques de carences, comme c’est le cas dans beaucoup de pays sous-développés où ces aliments riches en protéines sont rares.
Mais au lieu de cela, on parle d’excès de protéines et de risques potentiels qui y seraient liés.
On évoque ainsi une fatigue nocive des reins dont le travail est d’éliminer les résidus azotés issus du métabolisme des protéines ingérées ou un risque d’obésité ultérieure lié à la multiplication des cellules graisseuses par les protéines. Ces peurs ne sont pas fondées.

Tout d’abord, aucune donnée scientifique ne permet de définir les valeurs au-dessus desquelles on peut parler d’excès de protéines. Elles sont évidemment bien plus élevées que les besoins minimaux, mais des apports protéiques supérieurs aux limites basses ne peuvent donc pas être considérés comme des excès.
Quant aux risques rénaux ou d’obésité, aucune étude n’a pour l’instant permis de les confirmer – une interprétation rigoureuse des travaux scientifiques réalisés tend au contraire à innocenter les protéines.

Il n’y a donc aujourd’hui aucune raison sérieuse pour limiter les apports en protéines chez le nourrisson et le jeune enfant, si ce n’est le fameux principe de précaution.
Il peut être justifié de le faire quand cela ne modifie pas l’équilibre nutritionnel de l’enfant.
C’est notamment le cas des laits infantiles, dont le contenu protéique a été réduit par les fabricants ces dernières années. Mais la restriction protéique ne doit en aucun cas faire obstacle à une quelconque attitude diététique jugée nécessaire.
Par exemple, la recommandation de consommer de la viande deux fois par jour ne doit pas être récusée sous prétexte de ne pas augmenter les apports en protéines. 

Contenu protéique moyen de différents aliments

 

Contenu protéique moyen

Lait de croissance

1,8 g (pour 100 ml)

Lait de vache

3,2 g (pour 100 ml)

Petit suisse

4 g (par portion de 40 g)

Fromage blanc

7 g (pour 100 g)

Viande

20 g (pour 100 g)

Légumes

1 g (pour 100 g)

Fruits frais

< 1 g (par portion)

 

Est-il important de limiter le sel ?

Les fabricants d’aliments pour bébés vantent la réduction de la teneur en sel de leurs produits, les professionnels de la petite enfance insistent su l’importance de limiter le sel dans les plats proposés aux enfants et votre pédiatre vous recommande de ne pas ajouter de sel dans les mets que vous confectionnez à votre progéniture.

Est-ce si important de limiter le sel et l’excès de sel expose –t-il vraiment à des risques ultérieurs ?
Certains travaux scientifiques suggèrent que la consommation excessive de sel durant la petite enfance pourrait exposer à un risque accru d’hypertension artérielle ou de maladies du rein à l’âge adulte.

Le seuil à partir duquel les apports sodés doivent être considérés comme excessifs n’est cependant pas parfaitement connu. C’est pour cette raison que, dans le doute, on cherche à limiter au maximum la consommation de sel.
Il est aussi probable que seule une minorité de personnes ayant une susceptibilité génétique à développer des maladies cardio-vasculaires ou rénales seraient sensibles à un excès de sel durant l’enfance, les autres étant vraisemblablement moins exposées, voire pas du tout.

Compte tenu de ces éléments, il semble raisonnable d’éviter de saler exagérément les plats destinés aux nourrissons et aux jeunes enfants, surtout lorsqu’il existe des antécédents familiaux de maladies cardio-vasculaires ou rénales.
Mais cela ne doit pas entrainer une phobie de sel qui, comme on le voit parfois, devient totalement interdit.
Il est même tout à fait recommandé de saler modérément les plats pour rehausser leur goût : l’éducation gustative d’un enfant est probablement bien plus importante que ne le sont les risques potentiels d’un excès de sel.

Que faire quand un nourrisson refuse les biberons de lait infantile ?

Nous l’avons suffisamment répété, un nourrisson doit consommer au moins 500 ml de lait infantile (1er puis 2ème âge) par jour jusqu’à l’âge de 1 an pour couvrir correctement ses besoins nutritionnels, notamment ceux en fer, acides gras essentiels et calcium.

Son équilibre nutritionnel risque ainsi d’être sérieusement compromis s’il décide de refuser les biberons.
Il est donc capital de prévenir la survenue d’une telle éventualité et de la corriger si elle survient tout de même.

Pour éviter qu’un nourrisson ne dédaigne trop tôt les biberons, il faut avant tout maintenir un nombre suffisant de biberons quotidiens le plus longtemps possible.
Lors de la diversification de l’alimentation, l’ajout de purées de légumes ou de fruits dans le lait infantile plutôt que son remplacement précoce par un repas à la cuillère ou un laitage devra être privilégié.
L’utilisation de céréales infantiles dès 6-8 mois permettra également de conserver des apports lactés suffisants sans risquer de mettre l’enfant en déficit calorique.

Si malgré ces mesures l’enfant repousse encore les biberons de lait que vous lui proposez, la première attitude à adopter est de persévérer et de continuer à lui présenter les biberons, sans le forcer.

Il est fréquent que cette ténacité soit rapidement récompensée et qu’il se remette à boire le biberon après quelques jours difficiles.
Cependant, l’angoisse légitime que génère le refus des biberons conduit souvent les parents à les remplacer immédiatement par un repas solide (purée, produit laitier). Il est certain qu’ne telle substitution prématurée doit être évitée car elle ne peut qu’aggraver le problème.

Si en dépit de toutes ces précautions, le refus persiste, la seule solution est de trouver un autre moyen pour lui donner du lait infantile.
Le passage à un lait de croissance aromatique et sucré permet parfois un regain d’intérêt de l’enfant pour les laits infantiles, il devra donc être tenté dans un premier temps.

Si cela ne fonctionne pas, le plus simple est de préparer des bouillies avec du lait 2ème âge ou du lait de croissance que le nourrisson pourra manger à la cuillère. Enfin, les laitages du commerce préparés à base de lait 2ème âge peuvent aussi être utiles dans cette situation, c’est d’ailleurs leur seul intérêt.