S’imaginer son enfant

Je répète que le rêve, l'imaginaire, c'est essentiel, qu'il faut en garder une part ...

Lucienne Lefeuvre, sage-femme au Plessis-Robinson et à Malakoff témoigne

Toutes les futures mères se représentent l'enfant d'une façon différente selon leur histoire et leur contexte, jeunes, plus âgées, en couple ou pas.

Néanmoins, je vois deux directions.
La première est de l'ordre du rêve, de l'imaginaire, l'enfant imaginé toute petite, lorsque l'on se rêvait mère.
Et puis il y a les aspects matériels qui viennent heurter cet imaginaire : qui va le garder ? Est-ce que je vais bien m'en occuper ? Est-ce que le père sera à la hauteur ?

Ensuite, bien entendu, tout dépend du stade de la grossesse.

Une très jeune femme, presque une adolescente, me racontait qu'elle savait qu'elle était enceinte qu'elle voulait garder l'enfant mais ce n'était pas concret dans sa tête.
Alors elle cachait son ventre. Ce n'est qu'à partir du moment où elle a pu se représenter son enfant, peut-être après une échographie, qu'elle s'est autorisée à montrer sa grossesse, à sortir son ventre.

Je me souviens d'une autre patiente qui, jusqu'au septième mois, ne me parlait jamais de son futur bébé ; en revanche, elle évoquait sans cesse une précédente fausse couche.
Il y a parfois des deuils à faire avant de pouvoir accepter la vie, de pouvoir tourner une page pour en ouvrir une autre.

Quand la représentation imaginaire de l'enfant ne correspond pas à ce qu'elles ressentent, souvent, elles se taisent. Elles ne veulent pas avouer à la face du monde cette différence et qu'elles ont peur.
Elles se confient à nous, les sages-femmes, parce que nos fonctions créent de l'intimité.
Nous écoutons, nous rassurons, nous effectuons des séances de relaxation.

Je répète que le rêve, l'imaginaire, c'est essentiel, qu'il faut en garder une part, que toutes les mères ont vécu cette initiation à la maternité, et puisque nous sommes tous là, cela fonctionne.
Les solutions, elles arrivent, parfois au jour le jour, mais on les trouve.