Les parents entre maison et travail

Responsable de l’observatoire national de la petite enfance à la Caisse nationale des allocations familiales, Danielle Boyer répond.

Dans les équilibres « vie professionnelle et familiale » au sein d’un couple, un critère déterminant est la répartition des tâches domestiques, tâches ménagères et tâches parentales.



 

Je rappellerai qu’avec ou sans enfant, il existe toujours une forte différence de la prise en charge de ces tâches entre les femmes et les hommes. 

Il est vrai que le temps passé par les femmes au ménage a diminué.
Cependant, cette diminution n’est pas du à un surcroit d’implication masculine.
Ces tâches sont davantage robotisées, par exemple l’apport du lave-vaisselle, ou externalisées par les couples qui peuvent recourir à des services à domicile.

À l’arrivée d’un enfant, on constate une évolution dans la répartition des tâches domestiques.
Les hommes accordent moins de temps aux taches de semi-loisir comme le bricolage et plus de moments auprès de l’enfant.
Il s’agit là d’un mouvement général de société : les parents se consacrent plus à leurs enfants qu’autrefois.
Néanmoins les disparités demeurent : pour un enfant de moins de trois ans, la fonction parentale absorbe une heure par jour en moyenne du côté des hommes et trois heures chez les femmes.

Les nouvelles générations évoluent. On voit plus souvent les pères à la crèche, auprès de leurs enfants mais le phénomène n’est pas encore significatif sur le plan statistique.

Une naissance conduit à des recompositions professionnelles qui touchent principalement les femmes.
À l’apparition du premier enfant, 25% des femmes cessent ou réduisent leur activité.
Pour un père, cet événement n’aura pas d’incidence dans sa vie professionnelle.
S’il y a une répercussion, elle se traduira plutôt par une augmentation du temps de travail.

Les études montrent que les femmes qui arrêtent ou diminuent leur activité après un accouchement auront tendance ensuite à se maintenir soit à temps partiel, soit en dehors de l’emploi (tout dépend bien entendu du métier exercé et des catégories socioprofessionnelles).
En effet, comme les coupures de carrière sont souvent longues, les femmes doutent alors de leur compétence et des possibilités de trouver un travail qui leur permettent de concilier vie familiale et vie professionnelle.

Dans un couple, il apparaît que le salaire est l’élément essentiel qui conditionne le niveau d’investissement de chacun à la maison ou au travail.
Or les configurations de couples dans lesquels les femmes gagnent autant ou plus que leurs conjoints sont minoritaires.
C’est donc la mère qui investit majoritairement la sphère familiale : une femme sur quatre prend un congé parental contre un homme sur cent. 

Un équilibre difficile à trouver

Des témoignages recueillis lors des enquêtes, il ressort que ces différences d'investissement à la suite d'une naissance sont mal reçues par les femmes.
Pourtant, quand on les interroge sur leur situation, elles se disent satisfaites.

Cette contradiction s'explique sans doute par la difficulté de trouver un équilibre dans le couple entre le bien-être des enfants, la vie familiale, les nécessités économiques et les carrières professionnelles.
Une fois que cet équilibre est là, on ne souhaite pas en changer.

Par conséquent, dès les premiers mois du premier enfant, l'organisation établie au sein du couple se révèle fondamentale.
La répartition implicite des tâches qui se met en place tendra à s'accentuer avec le temps et la venue d'autres enfants.



En savoir plus

Danielle Boyer a publié de nombreux articles dont certains sont consultables :
www.persee.fr/web/revues/home/prescript/revue/caf
www.cairn.info