Le sommeil de l'enfant

Questions de Famille propose des interviews du professeur Bernard Golse, chef de service de pédopsychiatrie de l'hôpital Necker-Enfants malades et professeur de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent à l'université René Descartes-Paris et de Pascale Ogrizek, médecin, spécialiste du sommeil, à l'Hôtel Dieu de Paris et de l'hôpital Antoine Béclère à Clamart. 
Leurs réponses aux questions les plus posées permettent de comprendre le sommeil, évoquent les troubles du sommeil, et des solutions pour aider les parents.


Qu’est-ce que le sommeil et à quoi sert-il ?

Le sommeil est l'une des grandes fonctions physiologiques de l’organisme dont le rôle est essentiel mais qui garde encore des mystères.

Le sommeil a une fonction de récupération physique et cérébrale, c’est durant les phases de sommeil profond, que sont secrétées les hormones fondamentales : le cortisol et l’hormone de croissance.
Il a aussi une fonction d’élaboration psychique. Durant la nuit, on mémorise et classe les informations accumulées pendant la journée et on évacue les tensions et le stress par l’intermédiaire des rêves, lors du sommeil paradoxal.

Au cours du sommeil, l’organisme est en situation d’économie d’énergie et à partir de l’âge de 6 mois environ, sauf cas particuliers, il n’est pas nécessaire de s’alimenter ou de boire durant la nuit.

À quoi sert le sommeil de l'enfant ?

  La réponse du docteur Pascale Ogrizek


L'évolution de la durée du sommeil

La durée totale de sommeil est maximale à la naissance et diminue ensuite progressivement. 
L’acquisition d’une nuit complète n’est pas linéaire. Ainsi, un bébé qui faisait ses nuits avant 6 mois, peut à nouveau se réveiller parce qu’il traverse une phase normale de son développement telle que l’anxiété de séparation vers 9 mois par exemple.

Il y a « des gros » et « des petits » dormeurs comme chez les adultes.

Les moyennes indiquées dans le schéma ci-dessous sont bien-sûr à nuancer, en tenant compte des particularités individuelles qui apparaissent très tôt

 


À quel âge peut-on parler de troubles du sommeil chez un enfant ?

Les bébés doivent acquérir le rythme circadien, alternance du jour et de la nuit.
La date de cette acquisition est très variable d’un enfant à l’autre, surtout pour les bébés au sein qui sont souvent allaités indifféremment le jour et la nuit.


Dans tous les cas, on ne parlera pas de troubles du sommeil avant l’âge de 12 à 15 mois.

Quand peut-on parler de troubles du sommeil ?

  La réponse du docteur Pascale Ogrizek

Quels sont les principaux troubles du sommeil ?

  La réponse du docteur Pascale Ogrizek

Pourquoi les troubles du sommeil sont-ils fréquents ?

  La réponse du docteur Pascale Ogrizec

Quels sont les différents types d’insomnies chez le petit enfant ?

  La réponse du professeur Bernard Golse.


Les troubles du sommeil en trois questions

Quelles sont les causes favorisant les troubles du sommeil ?

Plusieurs causes peuvent être impliquées chez un même enfant.

Les facteurs internes :

  • des causes ponctuelles d'ordres physiques : la faim, la douleur, la fièvre, la toux, les difficultés respiratoires…
  • les phases normales du développement, par exemple l'anxiété de la séparation entre 6 et 18 mois ou, la phase d'opposition entre 18 et 24 mois ;
  • le tempérament individuel. 

Les facteurs externes :

  • l'environnement : trop chaud, trop froid, le bruit, l'éclairage ;
  • des événements stressants : nouvelle naissance, admission en crèche, deuil familial, apprentissage de la propreté, déménagement, entrée à l'école, difficultés conjugales, précarité...
  • des attitudes parentales inadaptées : stimulation au coucher telle que la télévision avant de dormir, absence de limites posées par les parents, anxiété des parents perçue par l'enfant...
  • prise de médicaments ou d'aliments ayant un effet stimulant, café, thé, coca cola...

Que faire si mon bébé dort trop ?

Avant de dire qu'un bébé dort trop, il faudrait évaluer ses besoins individuels, la durée du sommeil étant variable selon l'âge et selon les individus.

Il faudra ensuite vérifier l'absence d'une cause médicale car la fièvre ou les infections fatiguent un bébé.

Faut-il consulter en cas de troubles du sommeil de l'enfant ?

Il n'est pas anormal qu'un bébé ne fasse pas ses nuits avant plusieurs mois, surtout s'il est allaité au sein, on ne parlera donc pas de troubles du sommeil avant 12 à 15 mois
Néanmoins, on pourra conseiller de consulter plus tôt, en cas de répercussions importantes sur la vie familiale et sociale :

  • perturbations des relations de couple, du sommeil des autres enfants de la fratrie avec répercussion scolaire ; 
  • épuisement des parents ;
  • plaintes des voisins ;
  • altération de la relation mère-enfant, le bébé étant vécu comme « perturbateur »...

À quel moment faut-il consulter ?

  La réponse du docteur Pascale Ogrizek.


Quelles solutions peut-on apporter ?

Horaires et rituels

À quelle heure faut-il coucher un bébé ou un jeune enfant ?

Les besoins en sommeil sont très individuels et varient en fonction de l’âge mais aussi de l’hérédité. On peut peut-être évoquer aussi l’importance de la culture familiale.
L’heure idéale du coucher est « quand le train du sommeil passe ». On le repère en voyant le bébé se frotter les yeux, bailler et se ralentir. Si on laisse passer "ce train", il faudra attendre « le train suivant » sinon le bébé couché ne parviendra plus à s’endormir.

L’horloge biologique est réglée sur le cycle nuit/jour : quand la lumière baisse, l’hormone mélatonine augmente et déclenche le besoin de sommeil.
En pratique l’heure du coucher d’un jeune enfant devra osciller entre 19h30 et 21h.
Cet horaire devra être atteint à l’approche de la scolarité.

Qu’est-ce que le rituel d’endormissement ?

L’enfant accepte mieux la séparation si celle-ci n’est pas brutale et s’il n’a pas l’impression que l’on veut se débarrasser de lui.

C’est le rôle du rituel du coucher, dont le caractère répétitif et familier, tendre et ludique, lui permet d’anticiper sans s’angoisser sur ce qui l’attend : le coucher et la séparation.
Un ordre invariable des soins quotidiens, par exemple, toilette, repas, moment de détente dans le lit avec présence du parent, puis au revoir de celui-ci, contribue à le préparer à la venue de la nuit en sécurité affective.

Peuvent aussi y contribuer le doudou ou un objet portant l’odeur de la maman.
Ces rituels vont persister jusqu’à l'âge de 4 à 6 ans en moyenne.

Modes de couchage

Y a-t-il un ou des bons modes de couchage, lits de parents, chambre individuelle… ?

La place de chacun dans la maison est un bon reflet du fonctionnement et des valeurs de la famille.
La culture et les traditions influencent aussi les modalités du couchage d’un enfant. Dans certaines cultures, l’enfant dort traditionnellement à côté de la mère jusqu’à son entrée dans la scolarité. Le père dort seul.
Dans notre culture occidentale, les professionnels de la petite enfance pensent souhaitable que l’enfant dispose d’un lieu de couchage individualisé.
Pour répondre aux besoins d’ajustement des tous premiers mois (allaitement nocturne, rythme jour/nuit pas encore installé), une solution pourrait-être d’installer le berceau du bébé près du lit de ses parentsen respectant néanmoins l’intimité et l’espace de chacun.

Dans d’autres cas, l’enfant sera d’emblée en capacité de s’approprier son espace personnel que ce soit dans sa chambre ou celle de ses frères ou sœurs.

Rassurer l’enfant : oui mais…

Est-ce que les parents influencent la qualité du sommeil de leurs enfants ?

La durée et l’organisation du sommeil sont individuelles et varient selon l’âge de l’enfant, mais peuvent être aussi influencées par les valeurs familiales et le contexte psychoaffectif et socioculturel dans lequel évolue l’enfant.

Des troubles du sommeil peuvent ainsi survenir en cas de :

  • maladie de l’un des parents, qui angoisse l’enfant, avec peur de la mort et de l’abandon ;
  • problèmes dans le couple avec à l'extrême des violences intrafamiliales ;
  • pathologie du lien parents-enfants ;
  • troubles affectifs liés au positionnement dans la fratrie ;
  • situation d’adoption : celle-ci peut être à l’origine d’indifférence ou au contraire de surprotection et d’angoisse ;
  • d’attitudes parentales trop rigides, ou au contraire de laxisme avec apparition de difficultés scolaires...

Pour contribuer au sommeil paisible de l’enfant, les parents pourront instaurer et respecter les rituels du coucher (histoire, luminosité, température…), éviter les discussions violentes devant lui et limiter toutes les causes de surexcitation.

Ils apprendront à repérer son rythme biologique propre et à en tenir compte dans l’organisation familiale dont le coucher fait partie.

Faut-il rassurer un bébé pour l’endormir, en le berçant ou en le prenant dans les bras ?

Le bébé a des cycles de sommeil courts, une heure à une heure trente, et se réveille donc plusieurs fois dans la nuit.
Pour rassurer un bébé et le préparer au sommeil, un rituel apaisant sera bénéfique (câlins, petites histoires, berceuses…).

On lui offrira des repères sécurisants (doudous, ou autre objet familial rassurant, veilleuses …) pour se séparer en douceur et en confiance.
Il est préférable qu’il apprenne à s’endormir seul et dans son lit, de façon à ce qu’il puisse facilement le reproduire à chaque éveil physiologique et sans nécessiter l’intervention de ses parents.

Dans certaines situations particulières, petites maladies, telles que les rhinopharyngites, par exemple ou conditions inhabituelles, comme les vacances ou autres déplacements…, l’enfant ne retrouve pas ses repères et aura davantage besoin d’être rassuré et sécurisé.

Terreurs nocturnes et cauchemars

Comment réagir en cas de terreurs nocturnes de l’enfant ?

Les terreurs nocturnes sont fréquentes chez l’enfant, environ 15% des enfants de moins de 10 ans en font de temps en temps. Elles surviennent une à trois heures après l’endormissement, en sommeil profond.

L’enfant brutalement, s’assoit dans son lit les yeux grands ouverts, il hurle et est souvent tout rouge, il tient parfois des propos incohérents et on ne parvient pas à le réveiller. Il n’en aura aucun souvenir le lendemain.

Même si cet épisode est impressionnant, ce n’est pas un trouble grave, mais seulement une particularité du sommeil.

Il ne faut pas chercher à le réveiller mais juste assurer sa sécurité.

Ces terreurs n’expriment aucune angoisse. Seulement si ces crises deviennent trop fréquentes, on pourra être amené à consulter.

Comment réagir en cas de cauchemars ?

Les rêves et les cauchemars surviennent dans la deuxième partie de la nuit, pendant le sommeil paradoxal qui joue un rôle important dans la mémorisation des connaissances.

Ils sont le plus souvent en rapport avec des événements vécus dans la journée et permettent à l’enfant de régler de manière symbolique, ses angoisses et ses peurs.

Lors d’un cauchemar, l’enfant est réveillé, il reconnaît ses parents et le lendemain, il se souviendra de l’épisode.

Les cauchemars occasionnels, permettent à l’enfant ,d'évacuer les tensions de la journée et ne sont pas inquiétants. Il faut juste le rassurer pour qu’il se rendorme paisiblement.

S’ils deviennent trop fréquents, on pourra être amené à consulter pour rechercher les causes de ses angoisses.

Comment réagir en cas de somnambulisme ?

15 à 40 % des enfants de moins de 15 ans ont fait un accès de somnambulisme. Cet accès provient 1 à 3 heures après l’endormissement en sommeil profond.

L’enfant se lève, les yeux grands ouverts mais ne semble pas voir. Son visage est inexpressif mais il peut déambuler et peut donc se mettre en danger, chute dans l’escalier par exemple.

Il est généralement docile si on ne cherche pas à le réveiller.Il faut le reconduire gentiment au lit où il continuera à dormir mais dans un sommeil plus calme.

Il ne se souviendra pas de cet événement le lendemain.

On ne sera pas amené à consulter sauf si les crises sont fréquentes et perturbent la vie familiale...

Comment favoriser l'endormissement ?

  La réponse du docteur Pascale Ogrizek.

Peur d'endormissement, rituel du coucher ?

  La réponse du professeur Bernard Golse.


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