Dernière mise à jour : 09/05/2016

RSA : agent de sécurité, un emploi d’avenir

Notre reportage.

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Au programme de la formation plusieurs visites sur le terrain dont celle du PC sécurité incendie du Château de Versailles.CD92/JEAN-LUC DOLMAIRE

C’est dans la salle de l’Opéra royal, inauguré en 1770 à l’occasion du mariage du Dauphin, futur Louis XVI et de Marie-Antoinette, que la démonstration est la plus parlante. Comment dissimuler les détecteurs de fumée pour ne pas contrarier les architectes des Monuments historiques ? Faut-il sacrifier une des banquettes originelles pour évaluer leur résistance au feu ? Quel organisme de contrôle choisir pour certifier la pose d’une toile ignifugée derrière le rideau de scène, pièce d’origine en soie pesant plus de trois tonnes ? Ce jour-là, devant Marc Nizan, responsable sécurité incendie du Château de Versailles, la nouvelle promotion de l’EESP. « Ils sont douze, comme à chaque session, et ont commencé leur formation il y a quinze jours. Elle va durer trois mois », explique la directrice Sophie Dhérot.



L'école accueille une nouvelle promotion de douze élèves tous les trois mois.
CD92/Jean-Luc Dolmaire 

L’École Européenne de Sécurité Privée a été ouverte il y a plus de trois ans et est installée sur le site de Versailles dans l’ancien hôtel particulier de Madame de Pompadour. Elle propose « une formation haut de gamme dans le domaine de la sécurité privée ». Sophie Dhérot prévient : on ne parle pas de « vigiles, un terme connoté et loin de la réalité du métier », mais bien d’agents de sécurité privée. C’est en partenariat avec cette école que le Département a lancé en début d’année sa Passerelle vers l’emploi pour les bénéficiaires du RSA intéressés par ce métier. « Ce dispositif a été mis en place notamment à la suite des attentats de novembre dernier qui ont fait apparaître un besoin très important en terme de recrutement d’agents de sécurité, explique Marie-Laure Godin, vice-présidente du conseil départemental chargée des affaires sociales, solidarités et insertion. L’objectif est double : d’une part accompagner les entreprises dans leurs besoins de recrutement et d’autre part permettre à des bénéficiaires du RSA un retour à l’emploi pérenne. »

Ces derniers sont orientés par les Espaces Insertion ou par les Edas, Espaces départementaux d’actions sociales. Mais la sélection reste la même. À commencer par un test écrit de trois quarts d’heure environ avec un QCM d’une quarantaine de questions autour du métier et une rédaction en français sur un compte-rendu d’incidents. Les candidats qui obtiennent plus de quarante-cinq points sur soixante sont ensuite reçus à l’EESP pour un entretien. « Il n’y a pas de profil type, souligne Jean-Claude Sonnois, directeur de la formation continue pour l’École européenne d’intelligence économique dont dépend l’EESP. Les âges vont de dix-huit à presque soixante ans. Il y a des hommes et des femmes. D’anciens électriciens, des plombiers, des boulangers, on a un antiquaire dans cette promotion par exemple, mais il y a aussi des personnes qui ont fait partie de la gendarmerie ou de l’armée… Ce qui compte, c’est que la personne soit motivée. Il ne faut pas qu’elle se dirige dans cette branche par défaut. Car il faut accepter d’être disponible nuit et jour, les week-ends, les jours fériés. » Pour postuler, il n’y a que deux conditions à remplir : être demandeur d’emploi et avoir un casier judiciaire vierge. Car une fois les tests et l’entretien passés, il faut une autorisation préalable d’exercer délivrée par le Cnaps, le Conseil national des activités privées de sécurité, qui dépend du ministère de l’Intérieur. Une fois cette autorisation obtenue, reste une dernière étape à franchir : rencontrer les responsables des ressources humaines des deux entreprises partenaires de l’EESP : Fiducial Sécurité et Torann France. Elles ont leur mot à dire sur le recrutement des candidats car ce sont elles qui embaucheront les agents, directement en CDI et à temps plein, une fois leur formation terminée et leurs diplômes validés.

Les 3 jours de cours de self défense font partie
d'un des modules de formation consacré à la gestion du stress.
 CD92/Jean-Luc Dolmaire 

Double cursus

Des diplômes, les élèves de l’EESP en passe trois : le CQP APS, le Certificat de qualification professionnelle d’agent privé de sécurité, le SSIAP 1, le Service de sécurité incendie et d’assistante à personnes niveau 1 et le diplôme de l’EESP : agent de prévention, de sûreté et de sécurité. « Pour travailler dans le domaine de la sureté, le CQP APS est obligatoire pour obtenir la carte professionnelle sans laquelle on ne peut pas exercer en France, explique Sophie Dhérot. Mais, notamment suite aux attentats, elle est de plus en plus demandée aussi pour faire de la sécurité incendie même si ce sont deux métiers différents. » Deux cent dix heures de formation sont nécessaires pour les obtenir. Au programme : un module de français écrit et oral - « essentiel car les agents seront amenés à rédiger des comptes-rendus d’incidents » - et un module d’anglais car les clients de Fiducial et Torann sont de grands groupes, notamment de luxe, et l’agent doit donc être capable d’accueillir et d’orienter des clients étrangers. Les élèves travaillent en plus sur la gestion du stress et la connaissance de soi, le risque terroriste, les tentatives d’intrusion… Pour bien appréhender les réalités du métier, ils font de nombreuses visites au Château de Versailles, au Sdis 78, le Service Départemental d'Incendie et de Secours des Yvelines, au siège de la Société Générale à La Défense, dans le magasin Ikea de Plaisir…

« À ces deux cent dix heures, nous avons ajouté cent quatre-vingt-dix heures de formation pour les amener à un niveau supérieur et leur permettre de prendre des postes à responsabilité rapidement, précise Jean-Claude Sonnois. Nous avons par exemple deux modules liés aux ressources humaines. Un premier autour du tutorat, c’est-à-dire l’accueil d’un nouvel agent sur le site et au sein de l’équipe. Le second concerne l’entretien professionnel en tant qu’évalué et évaluateur. » « Les candidats doivent être conscients qu’ils débuteront sur le terrain comme tout le monde, tient à préciser la directrice de l’EESP. C’est un passage obligé dans ce métier. Leur évolution sera ensuite liée à leur formation, à leur motivation et aux opportunités offertes en fonction du lieu où ils travaillent. »

Yan Asmonti, un Clodoaldien de 52 ans, vient de terminer sa formation à l’EESP. Bénéficiaire du RSA, il avait été informé de cette possibilité par son tuteur. « Au départ, j’ai hésité, raconte-t-il. Comme tout le monde, j’avais l’image d’un vigile, debout, en arrière caisse. Mais quand vous n’avez rien, que vous enchaînez les petits boulots, vous réfléchissez. » Titulaire d’un BEP et d’un CAP mécanique, ancien gestionnaire de stock, Yan cherchait au départ un poste dans la grande distribution. « Mais je n’avais aucune propositions sérieuse. Là, l’avantage, c’est qu’il y a un CDI à la clé tout de suite derrière. C’est du concret. Il ne s’agit pas d’une simple validation d’acquis ou d’une formation supplémentaire histoire d’empiler les diplômes. » Après avoir suivi ses quatre cents heures et validé tous ses diplômes, il ne regrette pas. « Maintenant je sais que les champs d’application sont nombreux. En résumé, ça va d’aide-policier à aide-pompier. Enfin si je puis dire, sourit-il. C’est l’avantage quand on a ces deux diplômes. »

Des deux entreprises partenaires de l’EESP, c’est Fiducial qui a embauché Yan. Dès qu’il aura reçu sa carte professionnelle, il sera en poste comme agent de sécurité pour un site du groupe Dassault. À quelques semaines de commencer, il est confiant. « Bien sûr que la formation était surtout théorique malgré quelques démonstrations et mises en situation. De plus, chaque poste et chaque site sont différents. Mais je sais que l’on a reçu les bonnes bases, que l’on a toutes les clefs pour faire notre travail et pour bien le faire. » Pour s’assurer de sa bonne intégration dans l’entreprise et pérenniser son retour à l’emploi, le Département continuera de suivre Yan, comme tous les anciens bénéficiaires du RSA qui sont embauchés, pendant un an maximum.

À ce jour, grâce à la Passerelle vers l’emploi, cinq bénéficiaires du RSA sont déjà en poste et trois vont commencer la formation dans les jours à venir. En 2016, le Département espère ainsi permettre à une quarantaine de personnes de retrouver un CDI.

Émilie Vast - HDS MAG mai-juin n°47


Ce dispositif a été mis en place avec la Mission Prospection et Placement du Département créée en 2013. Elle a pour objectif de prospecter les entreprises pour connaître leurs besoins en recrutement et, en parallèle, de sélectionner les bénéficiaires du RSA qui pourraient convenir pour ces postes. Ensuite, elle les forme, les entraîne et continue de les accompagner jusqu’à un an après leur retour à l’emploi. Plus de cent soixante-dix sessions d’entraînement et de coaching ont déjà été organisées. Nous avons environ soixante-dix entreprises partenaires. Et plus de six cents bénéficiaires du RSA ont retrouvé un emploi. 

Marie-Laure Godin, vice-présidente du conseil départemental
chargée des affaires sociales, solidarités et insertion